Gypsy Boniou, proche de la maternité mais sans désir d’enfant

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Après une enfance passée sur un bateau, elle revient à terre à l’âge de 10 ans pour finir sa scolarité. Diplôme d’infirmière en poche, elle vadrouille, se tourne vers l’ostéopathie et s’installe dans les Hautes-Pyrénées. En couple depuis 18 ans, elle a fait le choix de ne pas avoir d’enfant et nous raconte pourquoi.

Le non-désir d’enfant a-t-il été un déclic ?

Oui, en effet c’est ma mère qui me l’a rappelé il y a quelques années. À 18 ans je lui ai dit: “moi, je crois que je n’aurais pas d’enfant”. Je savais intuitivement très tôt que ce n’était pas quelque chose qui me plaisait, comme certaines amies qui en parlaient déjà au lycée. Lorsqu’on commence à s’identifier en tant que femme, on peut se projeter dans des modèles de maternité. Lors des discussions je sentais que ça ne m’attirait pas sans vraiment savoir pourquoi. 

Après cela, tout s’est mis en place facilement. Je n’hésitais pas à changer de poste de travail ou à déménager. J’ai travaillé à Paris, en Guyane, à La Rochelle. J’étais très mobile et libre et ça me plaisait beaucoup.

Puis, quand je me suis installée dans les Hautes-Pyrénées, où je suis maintenant, j’ai rencontré mon compagnon actuel. Et lorsque l’on a une relation de couple beaucoup plus stable, c’est vrai on pense à ces choses-là. Mais guidée par ce non-désir d’enfant, qui inconsciemment m’habitait et bien j’avais rencontré quelqu’un qui n’en voulait pas non plus. On en a parfois discuté et lui m’avait dit: “si tu veux vraiment un enfant, et bien je ferais l’effort”. Si lui en avait voulu un, peut-être que j’aurais également fait l’effort mais nous n’avions pas cette envie.

Aujourd’hui, es-tu toujours en accord avec cette décision ?

Oui, mais à l’époque on se sentait un peu marginal par rapport à notre génération. On se posait des questions car c’était la norme pour tous nos amis. Ils avaient des enfants de 2, 3, 4 ans et nous nous sommes  retrouvés un peu seuls. Du coup, il a fallu assumer ce choix pendant quelques années. Il y a une chose aussi qui nous a fait vraiment basculer: l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. L’idée de mettre au monde un enfant dans ce climat d’insécurité environnementale ne nous a pas plu. De toute manière on ne fait pas les enfants pour soi, ça je le savais très tôt. Chacun trace son chemin et nous nous allions faire d’autres choses. De plus l’espèce humaine n’est  pas en voie de disparition donc si on ne fait pas d’enfant ce n’est vraiment pas grave ! 

Aujourd’hui j’ai mûri et je crois à la réincarnation, donc peut-être que j’ai été maman dans d’autres vies. J’ai un très bon contact avec les enfants. Malgré moi j’ai souvent été amenée à soigner des nourrissons. A chaque fois que je les ai entre les mains c’est un vrai bonheur. C’est magique pour moi de croiser le regard des enfants. D’ailleurs, la vie me fait un petit sourire car depuis un an je travaille à côté de sage-femme. Quand j’ouvre la porte de la salle d’attente, pour aller chercher mes patients, je vois des ventres ronds, des bébés qui tètent … Mine de rien la maternité j’en suis très proche !

Comment as-tu mis “en pratique” ce non-désir d’enfant ? 

En effet, tous les mois le cycle te rappelle que tu es féconde. Évidemment tu peux créer la vie mais comment l’empêcher quand tu ne veux pas d’enfant. J’avoue avoir fait une IVG quand j’étais plus jeune. Mon compagnon de l’époque n’en voulait pas, et moi non plus d’ailleurs. Pendant quelques années j’ai pris la pilule mais ça ne me convenait pas. Tous mes états étaient lissés, je me sentais coupée de mon corps de femme. Même si le cycle peut être perturbant aux niveaux des émotions, du corps, c’est aussi ce qui nous rend vivante. J’ai décidé d’arrêter la pilule et mon compagnon a accepté de faire de l’interruption de coït. La méthode du retrait, c’est pour lui que cela a été le plus gros travail ! Au début, c’était assez stressant mais cela a toujours marché. Nous sommes ensemble depuis 18 ans et nous fonctionnons ainsi depuis 15 ans.

Quel est le regard de ton entourage par rapport à cette décision ?

D’abord j’ai la chance d’avoir pu choisir. Ce n’est ni une impossibilité gynécologique, ni le fait d’être célibataire, ou de ne pas avoir trouvé le bon papa. Quand les gens me posent la question de pourquoi je ne veux pas d’enfant, j’explique les raisons simplement et les gens comprennent. Certaines patientes plus âgées me demandaient cela par curiosité. Nous parlions alors de choses intimes et finalement les langues se délient : “avec tout ce que je sais maintenant, peut-être je n’aurais pas eu d’enfants. Vous savez à l’époque on ne se posait pas la question!”. Peut-être que dans les années 70, 80 une femme sans enfant était moins bien accueillie mais aujourd’hui c’est différent.

Et le regard du corps médical ?

Je n’ai pas eu de jugement par rapport à mon choix de ne pas avoir d’enfant mais par rapport à mon choix de contraception. Ma gynécologue était complètement contre, mais faisait sûrement son travail en me disant que le retrait n’était pas un mode de contraception fiable. J’ai eu quelques difficultés relationnelles avec elle mais je l’entendais et je l’écoutais. Puis elle me tapait sur les doigts car je pense que je faisais un frottis seulement tous les 10 ans !

J’ai l’impression que lorsqu’on prend en main son corps de femme et qu’il y a vraiment une écoute, sans pilule, on ressent ce qu’il se passe à l’intérieur. On reconnaît si c’est normal, pas normal et l’on apprend à se faire confiance aussi.

Du coup ta vie sans enfant, c’est comment ?

Je profite car j’ai vraiment l’impression de vivre pour moi en fait. Je me sens, je pense, plus libre que certaines femmes qui ont des enfants. Le soir, mon compagnon et moi, nous pouvons sortir librement car aucun besoin de faire garder les enfants. Le temps en dehors du travail est pour moi ou pour mon couple. Cette année on s’est inscrit à la plongée, une activité qu’on partage. On aime aussi beaucoup jouer à des jeux de sociétés, aller camper ou faire des feux de camp. On a même des activités un peu d’ado comme l’escalade, le kayak. Au final on garde ce contact à l’enfance, que l’on cultive comme ça. C’est notre enfant intérieur à nourrir.

Le jour où j’ai décidé de ne pas avoir d’enfant, j’ai quand même été voir une psychologue. Je voulais savoir si ce n’était pas lié à un traumatisme de l’enfance. Éviter la déprime à 50 ans en me disant, “ah j’ai raté ma vie, je n’ai pas eu d’enfant ” ! Au bout d’un moment la psy m’a dit on arrête, vous savez où vous allez et ce que vous voulez. Mais j’avais besoin de faire ce travail sur moi, d’être sûre que ce désir de ne pas être mère n’était pas lié à mon enfance un peu marginale sur le bateau, peut-être pas facile. Je voulais m’assurer qu’il n’y avait rien de caché, quand tu sors du schéma, tu te poses des questions. Le schéma c’est tellement celui d’être mère, avec cette fécondité naturelle qui est extraordinaire et qui nous met en connexion avec la vie, donc pourquoi pas moi ?

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ? 

Il y a une femme que j’aime beaucoup, Alexandra David Néel, qui est une exploratrice. C’est la première femme européenne a voir mis les pieds à la cité interdite de Lhassa au Tibet, dans les années 20. Elle a traversé l’Himalaya habillée en homme pour y accéder. Ensuite j’aime beaucoup une actrice espagnole, qui est très pulpeuse, Penelope Cruz. Ce sont ces deux femmes que j’admire beaucoup.

Dans un temple au Vietnam, j’ai rencontré spirituellement la divinité Kuan Yin. J’ai fait des recherches et j’ai appris qu’elle était une figure bouddhiste, et l’équivalence de Marie dans la religion catholique. J’ai trouvé que c’était un symbole féminin très fort.

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pro ? Des projets perso ?

Je vois que la vie me pousse de plus en plus à travailler avec des femmes. Ma clientèle de femme est grandissante. Donc je vais continuer de me former à l’ostéopathie gynécologique pour les accompagner dans tout leur parcours.

Petite anecdote, hier tu m’as demandé si je souhaitais faire cette interview sur ma particularité de ne pas avoir d’enfant. Hier justement, j’ai accompagné une amie à sa préparation à l’accouchement. C’était donc mon premier cours de préparation à l’accouchement ! J’avais demandé quelques jours avant à la sage-femme qui travaille avec moi d’assister à un cycle de prépa à l’accouchement. J’avais vraiment envie de plonger encore plus dans cet univers. Cela me permet d’expérimenter un vrai parcours de future maman.

Mes projets c’est de s’adapter à ce qui vient et en ce moment ce sont les femmes et leurs besoins. Des fois j’ai pu me sentir illégitime d’accompagner ces femmes alors que moi je n’ai jamais donné la vie. J’ai toujours laissé faire et ce sont les gens qui viennent à moi, notamment les femmes.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Pour mon moi futur, je souhaiterais lui dire qu’être une femme c’est puissant. On est en lien avec quelque chose qu’on perd souvent, qui s’appelle la beauté, l’amour, la rondeur, la fluidité. On parle souvent du cycle de la Lune, mais ce qui nous relie en tant que femme aussi c’est la planète Vénus qui symbolise l’énergie d’amour, d’harmonie, de charme et d’affection. C’est une chose qui nous nourrit en tant que femme mais peut nourrir les Hommes. On apporte à la terre la fécondité, la créativité, la vie. Il faut incarner encore plus ces valeurs qui manquent cruellement aujourd’hui. On est dans une société patriarcale avec des choix qui ne sont pas respectueux de la nature. Je pense que les femmes ont à reprendre ce pouvoir en elle, de douceur, pour amener le respect de la nature.

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