Emilie Poteau, une lissière entre design et tradition

Émilie Poteau, lissière

Passionnée de textile et d’illustration dès l’adolescence, Emilie Poteau décide très vite d’en faire son métier. Après des premiers pas dans le graphisme, elle se réoriente vers l’art de la tapisserie. Diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts et des Arts décoratifs de Tournai, elle tente de se faire une place dans ce milieu très fermé de l’artisanat textile. Pari réussi puisqu’elle vit aujourd’hui de son entreprise Une Pâquerette Dans les Cheveux.

Pourquoi avoir eu envie de devenir lissière ?

J’ai tout simplement été attirée par la richesse de cet art. En effet, le métier de lissière englobe plusieurs de mes passions, le textile et l’illustration. Quand on y réfléchit bien, la tapisserie c’est du dessin avec du fil. C’est un métier à la fois manuel et créatif, tout ce que j’adore. D’ailleurs, si tu maîtrises la technique de tissage, les possibilités de design sont infinies et c’est palpitant.

Cependant, je ne m’attendais pas à ce qu’il me permette également de réaliser mon désir d’enseigner. Comme la tapisserie est une technique peu pratiquée, beaucoup de personnes sont à la recherche de formations et de cours particuliers. C’est pourquoi j’ai eu très vite l’idée et l’envie d’animer des ateliers de tissage. Au lycée, je voulais être professeure d’arts plastiques et aujourd’hui j’enseigne l’art de la tapisserie. Que demander de plus.

Comment en es-tu venue à la création de ton entreprise ? 

Finalement cette idée de création d’entreprise est arrivée assez vite. En sortant de l’Académie royale des Beaux-Arts et des Arts décoratifs de Tournai, j’ai voulu intégrer une manufacture de tapisserie. Mais je me suis retrouvée confrontée à deux problèmes. Tout d’abord, il n’existe que deux manufactures en France dont celle des Gobelins. Ensuite, elles sont constituées majoritairement de personnes âgées et paradoxalement, y entrer est très compliqué. À partir de ce moment-là, j’ai compris que pour être sûre de travailler, je devais créer ma propre entreprise.

J’ai également trouvé rapidement le nom de ma société. En fait, Une Pâquerette Dans les Cheveux , c’est le nom du blog que j’avais créé lors de mes études supérieures. Je l’aime beaucoup parce que Pâquerette est un de mes surnoms et qu’il est très original. En effet, cela change des marques habituelles d’artisans souvent composées du mot création ou textile. Néanmoins, j’ai eu un peu peur au moment de l’immatriculation à la chambre des métiers parce que les personnes étaient étonnées de mon choix. En définitive, ça marche très bien car les gens retiennent ce nom qui sort de l’ordinaire. De plus, je trouve qu’il donne un avant-goût de mon travail.

Qu’est ce que tu retiens de cette expérience ? 

Je me souviens de la peur du début. Monter son entreprise cela demande du courage car contrairement aux idées reçues, tout n’est pas rose . Heureusement, grâce à mon master, j’avais quelques notions de gestion d’entreprise. De plus, j’ai été bien accompagnée par mon entourage et les structures d’aide à la création d’entreprise.

Ensuite, j’ai appris et j’apprends encore énormément de choses. Lorsque tu es à ton compte, tu jongles entre différents métiers. Dans mon cas, je suis à la fois lissière, créatrice, webmaster, manager etc. Donc j’acquiers de nouvelles compétences au quotidien.

Enfin, j’ai surtout appris à être fière de moi et de mon travail. Quand je prends du recul, je suis fière du chemin parcouru et de tout ce que j’ai accompli. D’ailleurs, j’ai reçu plusieurs récompenses dont le Trophée talents Jeunesse en 2019. Donc malgré le stress, la peur, je ne changerais rien car je vis ma passion à fond et c’est très gratifiant.

Est-ce que tu as eu des moments de doute ? 

Oui ! Au tout début, j’ai dû prendre un job alimentaire le temps de pouvoir vivre de mon activité. Je profitais alors de mon temps libre pour vendre mes créations à l’occasion de salons et d’expositions. À cette époque, personne ne s’arrêtait à mon stand et je ne vendais presque rien. Je me sentais seule et j’avais l’impression qu’on n’aimait pas mon travail. Surtout lorsque j’avais à côté de moi une mamie qui liquidait ses vieilleries à une vitesse folle. Je me disais souvent que je n’allais pas y arriver.

Pendant toute une année, cela a été très difficile mais je me suis accrochée. Finalement, la situation s’est débloquée au moment où j’ai compris que je ne pouvais pas plaire à tout le monde. J’ai à nouveau fait ce que j’aimais, je me suis vraiment amusée dans le processus de création et mes ventes ont décollé.

Quel est le regard des autres par rapport à ton métier, à ton savoir-faire ?

Mon conjoint, qui était avant illustrateur, m’a vraiment encouragée et poussée dans cette voie. Par contre, mes parents ont parfois eu du mal à suivre mes choix. Mon père, par exemple, ne comprenait pas pourquoi je prenais un job alimentaire alors que j’avais un Master 2 en design textile. Il pensait que c’était une perte de temps. Je pense que mes parents avaient surtout peur et qu’ils attendaient que mon activité démarre. Aujourd’hui, ils sont très fiers de moi.

En dehors de mon entourage proche, ce qui ressort surtout c’est l’étonnement des personnes face à mon travail. D’abord parce qu’elles associent la tapisserie à un art traditionnel vieillissant alors que je fabrique des broches tendances. Ensuite, parce qu’elles pensent que les tisserands sont des personnes âgées. Alors forcément lors des ateliers, elles ne s’attendent pas à voir quelqu’un d’aussi jeune.

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ? 

Je n’ai pas vraiment de modèles, par contre j’ai énormément de sources d’inspiration. J’adore l’architecture, les oiseaux ou encore l’univers Disney. Une simple promenade à la citadelle d’Arras suffit à m’inspirer car tout est prétexte à la création. Je pense que lorsqu’on est créative, tout peut nourrir notre imaginaire.

Sinon j’aime beaucoup le travail d’illustration de Béatrix Potter, la créatrice de Jeannot Lapin, ou celui de Mary Blair qui a beaucoup travaillé pour les studios Disney.

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pro ? Des projets persos ?

Côté pro, je vais continuer sur ma lancée de création de broches et d’animation d’ateliers. Néanmoins, plus tard, j’aimerais réaliser de plus grandes pièces de tapisserie ou alors pourquoi pas enseigner dans une école textile.

Côté perso, mon conjoint vient de terminer sa reconversion professionnelle donc je le soutiens dans ses nouveaux projets.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

If you dream it you can do it “, c’est-à-dire “Si tu peux le rêver, tu peux le faire “. Sinon je dirais aussi d’être bienveillante envers soi-même et les autres. Parce que tout ce que l’on donne à autrui, nous revient forcément.

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