Charlotte Duretête, 28ans, co-fondatrice de Sealune

Charlotte, co-fondatrice Sealune

Il y a quelques années, Charlotte, co-fondatrice de Sealune, découvre qu’elle souffre de multiples intolérances alimentaires. Elle cherche alors une solution pour vivre au mieux cette situation et se tourne vers le jeûne. Elle revient sur cette expérience qui a transformé sa vision de l’alimentation et son rapport au corps.   

Quel a été ton déclic, qu’est ce qui t’a poussé vers le jeûne ?

Adolescente déjà, je ressentais un mal-être et l’impression de toujours avoir mal quelque part. Plus âgée, j’ai commencé à chercher des solutions pour aller mieux. C’est à cette époque, et grâce à des tests que j’ai découvert que je souffrais d’intolérances alimentaires, dont le gluten. Dans un premier temps, adapter mon régime alimentaire m’a permis de me sentir physiquement plus en forme. Mais ensuite, cela a généré une énorme frustration émotionnelle. Beaucoup d’aliments m’étant interdits, la relation avec la nourriture n’était plus très saine.

Me voilà donc à la recherche d’une nouvelle solution et c’est par un concours de circonstances que je tombe sur le jeûne. Mes parents s’étaient inscrits à un séjour de jeûne encadré et je me suis dit pourquoi ne pas tenter l’expérience ?

Comment tu te sentais avant cette expérience ?

J’étais très stressée et fatiguée en permanence. J’avais encore cette impression d’énergie physique mais de corps qui ne suit pas le mouvement. Quand je faisais du sport, par exemple, je me sentais mal et j’avais des courbatures complètement anormales pour mon âge. 

Et comment tu t’es sentie après ?

Alors, il faut savoir que le jeûne encadré ce n’est pas seulement le fait de ne pas manger. Pendant quelques jours, tu es en pleine nature, tu fais de la marche, tu fais des ateliers et tu discutes avec les autres personnes qui participent au séjour. Pendant le jeûne et un peu après, je me sentais encore affaiblie. Mais le fait d’avoir mis mon corps au repos et d’avoir pris du temps pour moi a été un événement libérateur. Comme un reboot en fait.

J’ai appris à arrêter de mépriser mon corps et à lui donner les aliments essentiels à son bon fonctionnement. Maintenant, j’ai beaucoup moins cette sensation de frustration. Je prend du plaisir à manger des légumes, des fruits et je m’autorise en pleine conscience des écarts. Je ressens un bien-être corporel et émotionnel.  

Quel a été le regard des autres par rapport à cette expérience ?

Je pense qu’il y a clairement eu un avant/après. Avant de partir, j’en avais parlé à quelques personnes de mon entourage, notamment à des collègues de travail. Comme c’était un jeûne encadré, soit les personnes pensaient que j’étais tombé dans une secte, soit elles s’arrêtaient à cette idée préconçue de “tu paies pour ne pas manger”. Et à l’inverse, quand je suis revenue, j’étais tellement pleine d’énergie et d’histoires passionnantes à raconter que les gens ont vu cette expérience de façon positive. 

J’ai aussi l’impression, qu’avec le temps, le jeûne c’est quelque chose qui devient de moins en moins obscur. Je rencontre souvent des personnes attirées par le principe mais qui hésitent. Ce qui est normal, parce que tu te demandes forcément si cela va être possible de ne pas manger. En tout cas, ça éveille de plus en plus la curiosité.

Qu’est-ce que tu retires de cette expérience ?

J’ai vraiment vécu le jeûne comme une véritable pause dans le temps. Parce qu’au final, en dehors du travail ou de la vie sociale, ce qui rythme la journée c’est les repas. Donc pendant cette courte période où tu ne manges pas, tu prends le temps de réfléchir, de discuter avec les autres et d’écouter leurs expériences. C’est ce qui m’a permis de remettre les choses en perspective et de me sentir mieux au quotidien. 

Est-ce que tu as le sentiment de t’être trompée ou d’avoir commis des erreurs ?

Je ne pense pas avoir fait une erreur en me lançant dans le  jeûne car cela a été une expérience très enrichissante. Néanmoins, il y a quand même eu un travers, celui de la perte de poids. Dans mon cas, la perte de poids a été très rapide donnant une impression de correspondre un peu plus aux standards de beauté de la société. Parfois tu as envie de garder ce poids et tu te concentres sur la balance alors que le but du jeûne, c’est de se sentir bien et de s’alimenter mieux. Pas d’arrêter de manger.     

Est-ce que tu as envie de renouveler cette expérience ?

Oui totalement. Je sens qu’une fois par an, j’ai besoin de prendre ce temps pour moi. J’apprécie le fait de pouvoir faire une pause et de repartir sur de bonnes bases. Par contre, toujours sur ce modèle de quelques jours dans la nature et bien entourée. Je sais, qu’il y a de plus en plus de personnes qui pratiquent le jeûne intermittent et ça ce n’est pas fait pour moi. Je ne me vois pas commencer une journée de travail sans manger pour avoir de l’énergie.  

Quels sont tes modèles ? Tes sources d’inspiration ?

Une personne que je trouve vraiment inspirante est Irène Grosjean, une naturopathe de 80 ans que l’on surnomme la Papesse du Cru. Je l’ai découverte sur Youtube, suite à mon jeûne, en faisant des recherches sur le cru. En 5 minutes, sa vidéo a fait écho en moi et je la visionne régulièrement quand j’ai un coup de mou. Elle me rappelle que la vie est simple et que parfois je la complexifie trop.

Ensuite, il y a ma mère. C’est toujours un modèle et ma référente pour toutes les questions que je me pose sur la vie.

Et enfin, la dernière en date, je dirais l’artiste Angèle car ses textes me touchent. Elle est jeune, avec une niaque d’enfer et incarne tellement bien notre temps et ses problématiques. 

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets professionnels ou personnels? 

Alors oui tout à fait. D’abord sur le plan professionnel, je me suis rendue compte que je n’étais pas du tout épanouie dans mon travail. J’étais designer produit pour une grande entreprise de bagagerie. En soi le travail était très intéressant, varié et j’étais entourée d’une petite équipe dynamique. Mais il me manquait la possibilité d’entreprendre.  

Intérieurement, j’avais cette envie de créer, ce désir de monter mon entreprise. Je l’ai laissé de côté pendant un moment car j’avais non seulement besoin d’une impulsion mais également d’une idée novatrice. Puis récemment, les signes se sont enchaînés. L’opportunité, l’idée et une personne sont venues à moi et je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. Donc aujourd’hui je me lance dans l’aventure de l’entrepreunariat.

Sur le plan personnel, on peut dire que cette décision est arrivée au bon moment. En effet, j’avais ce sentiment d’avoir déjà accompli quelque chose : la création de mon foyer. Avec mon compagnon, nous sommes arrivés au bout de notre projet de rénovation de maison. Il était temps d’entreprendre autre chose. Et je suis convaincue qu’à la fin de la création de mon entreprise, je pourrais me consacrer à une nouvelle étape dans ma vie de couple.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

La vie n’est pas tracée. Il faut faire confiance à son intuition, suivre les opportunités et se dire que tout peut changer.  

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