Poilue ou non poilue : telle est la question de l’épilation

poil, épilation

Dans notre société, les poils sont détestés, traqués et arrachés. La pilosité féminine est associée à un manque d’hygiène et de savoir-vivre. Pourtant, la nature n’a pas doté l’humain de poils sans raison. Pourquoi l’épilation est donc devenue une norme sociale incontournable ?

Une protection au poil

La pilosité corporelle est un héritage de nos ancêtres, les homo sapiens. En effet, à cette époque, les poils les protégeaient des dures conditions climatiques. Aujourd’hui, notre pilosité est certes moins importante qu’avant mais elle assure toujours sa fonction d’isolation thermique. Les poils nous protègent du froid, du chaud et des ultraviolets. Ils contribuent également à la conservation d’une bonne température corporelle. De plus, ils préservent l’imperméabilité et la souplesse de la peau en produisant de la kératine.

Les poils situés sur les aisselles et les pubis féminins sont les plus régulièrement traqués et épilés. Pourtant, ils jouent un rôle primordial dans l’attraction sexuelle car ils permettent de stocker et de diffuser les phéromones. Selon certaines études scientifiques, ces substances chimiques provoqueraient l’attirance ou non pour un.e partenaire. Enfin, les poils pubiens protègent les organes génitaux des agressions extérieures. Par exemple, lors d’un rapport sexuel, ils limitent les frottements et évitent ainsi les irritations importantes. De plus, la pilosité pubienne est une barrière naturelle contre les microbes. Chez les femmes, elle assure ainsi un bon équilibre de la flore vaginale et vulvaire.

Un effet de mode

Mais alors pourquoi l’épilation intégrale est aussi tendance ? Parce que tout est une question de mode et de société de consommation. Au même titre que le pantalon patte d’éléphant, les poils sont soit mis au placard soit mis sur le devant de la scène. Dans l’Antiquité, les nobles, hommes et femmes, s’épilent tout le corps pour se différencier des esclaves. Au Moyen-Âge, le christianisme proscrit l’épilation qu’il considère comme contre-nature. Puis, c’est au tour des peintres de la Renaissance de représenter des femmes dépourvues de poils. Tandis qu’à l’époque victorienne, les vêtements recouvrent tellement les corps que les poils sont bien gardés au chaud. Bref, il s’agit d’un éternel recommencement. Cependant, le début du 20ème siècle va marquer un tournant dans l’histoire de l’épilation féminine.

En effet, en 1915, la marque de rasoir Gillette trouve une nouvelle part de marché, celle des femmes. Ainsi, elle sort le premier rasoir féminin, le Milady Decollete. Les publicités diffusées pour vendre ce produit insistent alors sur le fait que les poils sous les aisselles sont le signe de la laideur et du manque de propreté. La pilosité féminine est alors associée à la valeur d’une femme. Par la suite, c’est l’épilation des jambes qui devient la norme sociale grâce au Pin Up des années 50. Enfin, l’adoption définitive du bikini par les femmes entérine l’épilation du maillot. Si durant l’Antiquité, hommes et femmes s’épilaient tout autant, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’épilation systémique est devenue une affaire de femmes contraintes de plaire à la société de consommation et aux hommes. Sans parler des images de pubis féminin intégralement rasés diffusées par l’industrie du porno.

Une question de choix

Au fil du temps, l’épilation est donc devenue une tradition transmise de mères en filles. Certaines adolescentes commencent très tôt à se raser les jambes et les aisselles parce que c’est “ce que toutes les femmes font “. S’épiler devient un rite de passage dont il difficile de se passer. Pourtant, scientifiquement rien n’oblige les jeunes femmes en pleine puberté à enlever leurs premiers poils. D’ailleurs l’épilation n’est pas synonyme de bonne santé. Mais alors comment faire la part des choses entre envie et obligation ?

Tout d’abord, en rappelant que les poils ne sont pas sales ! L’hygiène corporelle se traduit par le nettoyage quotidien du corps et des cheveux. Une femme poilue peut être bien plus propre qu’une femme épilée qui ne se lave pas régulièrement. Ensuite, la pilosité corporelle n’a pas d’impact sur la valeur d’une personne. Ce sont nos actes qui définissent ce que nous sommes et pas notre apparence. Enfin, comme la mode, tout est une question de choix. Certaines personnes aiment suivre la tendance et d’autres s’en moquent totalement. Si l’épilation vous permet de vous sentir bien, alors faites-le. Au contraire, si c’est une véritable corvée, gardez vos poils !

Photo ©Samson Katt

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi