Charge mentale : quand le quotidien devient une souffrance

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Récemment médiatisée, la charge mentale suscite de nombreuses interrogations. Si elle est un sujet de recherche pour les sociologues, elle est aussi synonyme de souffrance pour beaucoup de personnes. Mais comment l’expliquer ? Comment la reconnaître ? Et surtout comment y mettre fin ?

Un burn-out domestique

La charge mentale peut se traduire simplement par une planification permanente. C’est une charge cognitive invisible que représente l’organisation de tout ce qui concerne la sphère privée et domestique : les tâches ménagères, les rendez-vous médicaux ou encore les soins donnés aux enfants. Malheureusement encore aujourd’hui, la gestion du quotidien repose sur une seule personne qui est très souvent la femme.

Nombreuses sont les femmes qui ont cette impression, afin de pouvoir tout concilier, de vivre en 24h, deux journées différentes : celle du travail et celle de la gestion du foyer. Mais la définition de la charge mentale va plus loin que ce concept de double journée. En effet, en 1984, la sociologue Monique Haicault expliquait que la sphère professionnelle et la sphère domestique non seulement coexistaient mais empiétaient même l’une sur l’autre. Elle définit d’ailleurs, la charge mentale ménagère comme le fait de devoir penser à un domaine alors qu’on est physiquement dans un autre. Penser à mettre une lessive en route alors qu’on est encore sur son lieu de travail, est un parfait exemple de charge mentale.

Très souvent intériorisée, cette sensation de devoir tout planifier et tout gérer est une véritable source d’anxiété et de culpabilisation pour certaines femmes. Dès le réveil, elles sont angoissées devant l’étendue des tâches à prévoir et à réaliser. Si elles n’arrivent pas à tout faire, elles se sentent dépassées et elles ont cette impression d’avoir raté quelque chose ou de ne pas être à la hauteur. Ce stress permanent va provoquer un épuisement mental qui va à son tour provoquer un épuisement physique. Bref, un véritable burn-out à domicile.

Le syndrome de la To-Do List

Sorti en 2017, la BD “Fallait demander“, de la blogueuse Emma, rencontre un franc succès. Notamment parce qu’elle permet à un grand nombres de femmes de s’identifier aux situations représentées et de mettre un mot sur leur mal-être général. Parce que oui, c’est difficile de reconnaitre qu’on subit la charge mentale.

Celle-ci se manifeste à travers trois symptômes récurrents. Tout d’abord la rédaction systématique et quotidienne de To-do list interminables. Ensuite, l’impression de manquer de temps, d’être débordée et de devoir tout faire dans l’urgence. Et enfin, ce sentiment d’infériorité comparé aux autres capables de tout réussir.

Le titre de la BD d’Emma, “Fallait demander” explicite clairement cette sensation amère, partagée par les victimes de la charge mentale, que personne n’est là pour rattraper les choses en cas d’oubli de leur part. Que cette lourde responsabilité de bien-être du foyer ne repose que sur leurs épaules car elle ne peuvent pas compter sur leur conjoint.

D’ailleurs, la charge mentale n’est pas l’apanage des couples où les tâches ménagères ne sont pas partagées. Elle peut également être présente dans des couples qui prônent la répartition des corvées domestiques. En effet, il faut différencier charge mentale et charge domestique. Dans le premier cas, il s’agit de planifier et de prévoir les tâches et dans le second cas de les effectuer. Le conjoint peut prendre une part de la charge domestique, en préparant les repas, sans prendre part à la charge mentale, la planification du menu de la semaine et des courses.

Stop, on recommence tout !

Parce qu’elle génère une grande souffrance, il est temps de mettre un terme à la charge mentale. Alors oui, il faut savoir dire stop et lâcher-prise au quotidien mais pas seulement. C’est un travail d’équipe. Il faut que le conjoint prenne conscience de cette charge invisible et qu’il prenne sa part d’organisation du foyer. Pour ce faire, vous pouvez chacun de votre côté rédiger une Did-it list, qui listera les actions réalisées pour la maison, puis les comparer. Cela permettra de visualiser l’inégalité de la répartition du travail domestique et d’y remédier. Si jamais cela ne fonctionne pas, vous pouvez toujours, sans rien lui dire, arrêter de laver ses caleçons. Lorsqu’il n’aura plus rien à se mettre sur les fesses, il prendra sans doute les choses en main.

Opérer des changements au sein de son couple, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. La disparition de la charge mentale ne pourra se faire qu’en changeant les mentalités et en éduquant les plus jeunes. Il est important de ne pas faire de distinction entre les filles et les garçons lors de l’apprentissage des tâches ménagères. De faire comprendre qu’il n’y a pas de prédisposition chez les femmes, à l’organisation de la vie domestique. Et surtout d’arrêter de dire à tout bout de champ “tu as de la chance, il t’aide à la maison“. Parce que non seulement, il ne s’agit pas d’un acte héroïque mais bien d’un acte normal, et qu’en plus il participe à la gestion du foyer commun.

Photo ©Min An

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