Stéphanie Ramsay, libérer la parole pour retrouver la paix

libérer la parole

En 2012, alors chargée de communication d’un grand groupe, Stéphanie Ramsay déchante rapidement. Sa manager lui fait vivre un enfer et cette expérience professionnelle se termine par un burn-out. Heureusement, la destruction laisse place à la création. Stéphanie se relève et monte sa première entreprise ” Les Pulpeuses ” avec un objectif en tête, celui de libérer la parole des femmes. Aujourd’hui, c’est la sienne qu’elle cherche à exprimer à travers son compte ” J’ai Envie De Te Dire “.

Qu’est-ce qui t’as poussé à fonder le webzine Les Pulpeuses ? Quel est son concept ?

Sans hésiter je dirais le fait que presque toutes les femmes se retrouvent confrontées à des difficultés pour trouver une place dans la société et s’y sentir bien. Face à ce constat, j’avais envie de participer à mon échelle à leur émancipation. L’idée derrière ” Les Pulpeuses ” c’était de créer un espace communautaire, de sororité, où les femmes se sentent intégrées. Qu’elles puissent y trouver les armes pour affronter les situations du quotidien. Des conseils et des informations pour devenir libre.

De sa création en 2014 à aujourd’hui, le webzine s’est enrichi et à évolué. Il regroupe maintenant des articles sur le développement personnel, la sexualité mais aussi des conseils de mode. Toujours avec un ton frais et décomplexé.

Même si actuellement, j’ai pris un peu de distance avec ” Les Pulpeuses “. Notamment parce que je me suis consacrée à d’autres projets en parallèle, tel que la création de mon cabinet de conseil en politique et stratégie de marque. Le site reste actif et le contenu est actualisé grâce au super travail des chroniqueuses.

Pour toi c’est quoi une femme libre ?

Il ne faut pas se mentir, nous vivons encore aujourd’hui dans une société patriarcale où la liberté de la femme n’a pas encore sa place. Oui, il y a des avancées et nous avons les mêmes droits que les hommes. Et j’ai envie de dire encore heureux ! Néanmoins, il reste du chemin à parcourir…

Selon moi, une femme libre est une femme qui sait s’exprimer. C’est-à-dire qu’elle est capable de dire ce qui est bon pour elle et ce qu’elle ne veut pas. Qui n’a pas peur de montrer qui est elle et qui en est fière, d’afficher ses convictions, d’être elle-même. Une femme libre est une femme qui parle avant tout, sans honte et sans peur.

Malheureusement dans la société actuelle, les femmes n’expriment pas encore totalement leurs désirs, leurs attentes et leur histoire. Parce qu’elles ont peur d’être jugées ou rejetées. Que ce soit par les hommes ou par leurs pairs. L’éducation que l’on a reçue et le sexisme ordinaire nous pousse inconsciemment à nous concurrencer les unes les autres, à se jalouser. Donc à toujours se surpasser pour faire pareil ou mieux que son amie. D’ailleurs une partie du problème de la charge mentale repose sur cette dynamique à mon sens.

Comment obtenir cette liberté et se détacher de ses peurs ?

Pour ma part, j’ai pris le temps de regarder mon histoire, de noter tout ce qui n’allait pas et ce qui m’a fait souffrir. Puis, j’ai confronté mon passé afin de pouvoir me décharger de son poids et repérer les éléments sur lesquels je pouvais agir. L’idée n’est pas de se ” battre contre ” mais plutôt de conscientiser ce qui nous freine ou nous enlise et de se ” réapproprier ” le contrôle de sa vie.

Avant, j’avais moi aussi des difficultés à exprimer mon vécu, mes peurs et mes ressentis. Pour remédier à ce problème, je me suis lancée des petits challenges de communication comme dire ” non ” ou ” je ne suis pas d’accord “. J’ai aussi demandé à mon entourage de m’encourager à me livrer, de me pousser à en dire davantage… Mais surtout d’accepter que ça prendra du temps. Par exemple, lorsqu’une amie me fait part de quelque chose qui l’ennuie et qu’émotionnellement je ne sais pas comment réagir, je lui dis “je ne sais pas quoi dire. Je reviens vers toi dans une heure le temps que je process”.        

Pour finir, j’ai appris à me faire confiance. Petit pas par petit pas. J’ai monté une première entreprise, puis une seconde et au final, je me suis rendue compte que je m’affirmais de plus en plus. Au fil du temps, je suis devenue la ” vraie ” moi.

Pour tout ce travail sur soi, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner par des professionnels de santé. J’ai commencé à voir une psy, il y a cinq ans, qui m’a énormément aidée.

Sur ton compte Instagram “J’ai Envie De Te Dire “, tu parles de santé mentale et de self-love, pourquoi c’est important pour toi ?

Personnellement, j’ai vécu des choses très difficiles pendant mon enfance/adolescence. Dont je n’ai jamais osé en parler à ma famille. Puis par la suite, un burn-out. C’est du passé mais je porte ce vécu en moi, et c’est vrai qu’il y a des choses que je ne sais pas encore dire ou exprimer. Même avec mon conjoint.

La transformation de mon compte Instagram en ” J’ai Envie De Te Dire ” est une façon de travailler sur cette difficulté. Comme je n’arrive pas à parler, l’idée est de raconter mon histoire encore et encore jusqu’à ce qu’elle soit claire et limpide. Un peu à la manière d’une auto-thérapie. Ce qui est génial c’est que cet exercice m’aide, mais en plus il inspire d’autres personnes. Les gens me disent ” merci ! Je pensais être seul.e et je n’osais pas en parler…”   Et cela nous donne à toutes (moi, comme celles d’aujourd’hui) une force incroyable.  


Quel est le regard des autres par rapport à ce compte ?

Justement j’en discutais avec mes copines. Elles me faisaient remarquer que je n’avais pas de commentaires négatifs sous mes posts. Ce qui est vrai, je n’ai pas besoin d’en supprimer car il n’y en a pas. En revanche, je reçois des messages privés négatifs plutôt agressifs. Par exemple, on m’a dit plusieurs fois que j’étais une prostituée car je parlais de sexe. Alors que je communique essentiellement sur l’éducation sexuelle et non pas sur mes pratiques. J’ai aussi régulièrement le droit à ” tu fais honte à tes parents ” ou ” tu ne connais rien à la thérapie alors arrêtes d’en parler “. Alors que je ne fais que partager mon expérience personnelle.

À côté de ça, certaines personnes de mon entourage m’ont dit que j’allais trop loin, que je racontais trop de choses. Alors que je n’évoque que mon quotidien sans exposer mon conjoint ou mes proches. Cette réaction ne m’étonne pas. Je pense que les gens ont vraiment peur de parler d’eux-même, de dire des choses à leur sujet parce qu’ils risqueraient de se sentir ridicules, jugés ou rejetés.

D’ailleurs quand j’ai transformé le compte, j’ai perdu une centaine d’abonnés. Mais je m’en fiche car ce qui est important pour moi c’est de m’exprimer librement. M’ouvrir aux autres me nourrit tellement que je ne pourrais plus m’en passer. Et je reçois tellement de messages d’encouragements, de remerciements et de retours d’expérience que ça semble nécessaire.


Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ?

Quand j’étais petite, j’avais essentiellement des modèles masculins. Notamment parce qu’on ne voyait que très peu ou pas du tout de figures féminines fortes.

Si je devais choisir un modèle cela serait sans doute, le pape du marketing aux États-Unis, Gary Vaynerchuk. Je trouve sa communication incroyable, surtout en termes de libération de la parole. En tant que chef d’entreprise, il casse les codes d’une société entièrement fondée sur le paraître. Où il faut être lisse et ne pas se montrer vulnérable. 

Après j’admire beaucoup la force et la détermination de Marine Eloy. Elle a cette capacité de pousser les femmes à voir plus grand et à se battre pour obtenir ce qu’elles veulent.


Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pro ? Des projets persos ?


En ce moment mon projet le plus important c’est ma santé. En 2020, j’ai fait une suspicion d’AVC. Et en 2021, j’ai découvert que je souffrais de la maladie des ovaires polykystiques. Ce qui a été un vrai choc pour moi et a remis en question pas mal de choses. J’ai lâché un peu de lest par rapport à mon activité professionnelle. Comme je me sens un peu instable émotionnellement, je préfère me concentrer sur mon bien-être.  

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

À moi, je dirais ” tu vas trouver la paix intérieure et n’oublie pas de te préserver “. Et aux femmes de ” continuer le combat car il ne sera jamais fini…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous aimerez aussi