Pauline Loeuillet, aider les femmes par la danse-thérapie

danse thérapie

Alors qu’elle fait des études de communication, Pauline décide de se lancer dans l’entrepreneuriat. Sans projet précis en tête, elle voyage, s’interroge et finit par tomber sur la danse-thérapie. Véritable révélation pour cette altruiste en quête de sens. Aujourd’hui, elle aide les femmes victimes de pervers narcissiques à se reconstruire.


Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?

Je pense que j’ai eu un déclic de par mon expérience professionnelle et personnelle. Depuis que je suis petite, j’ai toujours eu cette volonté de contribuer à la société, d’aider les autres. D’ailleurs, c’est pour cette raison que je me suis très vite engagée dans le milieu associatif. Puis, à un moment dans mes études de communication, je me suis rendue compte que la voie que j’envisageais ne me convenait pas. J’avais envie d’autre chose et surtout d’entreprendre. Très vite, l’idée de devenir thérapeute s’est imposée à moi. Mais je ne savais pas encore dans quel domaine.

À 16 ans, j’ai vécu un viol. Suite à cela, mes relations avec les hommes ont été catastrophiques (violences, cris, disputes, drames…). J’ai dû passer par un long parcours de reconstruction durant lequel j’ai vu plein de thérapeutes différents (psychologue, hypnothérapeute, acupuncteur). Au cours de ce travail sur moi, j’ai compris l’importance non seulement du psychologique et de l’émotionnel mais aussi du corporel.

Ainsi, lorsqu’au cours de mes recherches je suis tombée sur la danse-thérapie, cela a tout de suite été une révélation. Je me suis sentie appelée par cette technique puissante qui a transformé ma vie. Notamment parce qu’elle permet à la fois de verbaliser, de mettre des mots sur nos maux, d’extérioriser et de libérer par le corps. L’un ne va pas sans l’autre. 

Pourquoi ce désir d’accompagner les femmes victimes de pervers narcissiques ?

Je me suis spécialisée dans les violences psychologiques, physiques et sexuelles, parce que maintenant que j’ai traversé cette épreuve et fait ma résilience, j’ai cette envie d’aider d’autres femmes. De leur montrer que c’est possible de se reconstruire et de s’en sortir. Lorsqu’on a vécu des violences, le rapport au corps peut être délicat et compliqué (blocage dans la sexualité, prise de poids etc). On peut avoir beaucoup de mal à exprimer ses émotions car pour se protéger on a appris à tout garder au fond de soi. Et surtout on a peur qu’une forte émotion de tristesse ou de colère nous envahisse alors on les évite. Ou alors, toutes nos émotions sont exacerbées et envahissantes. On ne sait pas quoi en faire. Des mécanismes inconscients de défense se mettent en place pour se protéger et éviter de revivre le mal-être suite aux violences vécues. Or, tant qu’on ne revisite pas le traumatisme de base avec un professionnel, celui-ci revient nous pourrir la vie dans le moment actuel (dans notre couple, travail, vie sociale). Le cerveau et le corps n’ont pas compris que l’événement vécu fait maintenant partie du passé. 

Or la danse, c’est un moyen de se reconnecter à soi, à son corps, à ses ressentis et à ses émotions. Allier la parole et le corps permet aux femmes de se reconstruire sur tous les plans (corporel, physique et émotionnel). Mon but, c’est qu’elles puissent se pardonner, s’aimer et refaire confiance aux hommes. Qu’elles puissent avoir une relation de couple saine, heureuse et stable.

Qu’est-ce que la danse-thérapie ?

Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime dans le corps ”. C’est une thérapie par le mouvement qui permet de se libérer des émotions stagnantes, d’un blocage, d’un traumatisme. On peut parler d’un voyage émotionnel, à travers ses sens et son corps. 

Pendant une séance, la personne ferme les yeux et se met progressivement à bouger. Elle est accompagnée à la fois par la voix du danse-thérapeute qui la guide et par des musiques particulières. Ici, pas de pop mais plutôt des sons visant à déclencher une ou des émotions. Généralement, on utilise cinq à six musiques différentes. D’abord un son doux et protecteur puis la musique évolue et invite à l’action, au mouvement. Le rythme devient plus saccadé et nous invite à transformer le blocage, l’émotion qui est présente par le corps. Puis vient la phase où l’on met de la distance et de l’air sur ce qu’on traverse pour qu’à la fin, on puisse accepter l’idée d’en être là aujourd’hui. Que tout est juste et parfait. 

De plus, pendant la séance, la personne est libre de se mouvoir comme elle le souhaite. Ce n’est pas une chorégraphie qui, elle, fait appel au mental et donc au contrôle. Finalement, moins la danse ressemble à quelque chose, mieux c’est. Il faut faire taire la tête et faire parler le corps. Il s’agit de lâcher-prise à travers la danse.

D’ailleurs, danser librement est souvent difficile au début. Mais à partir du moment où l’on s’autorise à vivre l’expérience à fond, on ressent un sentiment de liberté et de légèreté. Un nouveau souffle. Il se passe forcément quelque chose car un corps qui bouge est un corps qui a des émotions. Après la séance, des prises de consciences émergent. On vient mettre des mots sur ce que l’on a vécu et expérimenté.

Selon toi, c’est quoi un pervers narcissique ?

Aujourd’hui, le mot pervers narcissique est utilisé à tort et à travers alors qu’il s’agit d’une vraie pathologie. En fait, c’est une personne qui durant son enfance n’a pas eu l’autorisation de vivre et d’exprimer ses émotions pleinement. Il n’a pas été accepté comme il était et/ou il n’avait pas ” d’existence propre ” en tant qu’enfant. Il peut y avoir également des violences vécues dans l’enfance. Donc une fois adulte, notamment dans une relation de couple, il est incapable d’écouter et de communiquer car personne ne l’a fait pour lui et ne lui a appris à le faire. Comme il n’a aucune estime de lui, il dénigre l’autre pour se sentir mieux et exister. Il met sous emprise la personne. Il le fait inconsciemment car il rejoue ce qu’il a vécu pendant son enfance. 

Le pervers narcissique est reconnaissable à son double discours et visage. En société, il est très séducteur, il sait se mettre en avant alors qu’en privé, il manipule, il isole et il détruit. À l’extérieur du couple, tout le monde l’adore et l’encense alors qu’il inflige des micro-violences au quotidien à sa partenaire. De plus, comme il se sent tout puissant, il exerce une véritable emprise sur cette dernière. C’est très difficile pour la personne qui vit en couple avec un pervers narcissique de sortir de cette phase d’emprise. Les micro-violences (verbales, ton de la voix, regard) prennent de plus en plus de place et sont considérées comme normales car il n’y a pas de trace “physique ” sur le corps. Il y a énormément de culpabilité et de honte qui se jouent et une volonté pour la femme de “réparer, sauver” l’homme qu’elle aime. 

Selon toi, qu’est-ce qu’une Relation de couple saine et stable ?

C’est avant tout, une relation où l’on se sent respecté.e et aimé.e. Où on peut parler de tout et où on ne craint pas la réaction de l’autre. Les deux partenaires doivent aussi être sur un pied d’égalité, avoir des valeurs communes et vouloir s’engager ensemble.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’estime et l’amour de soi sont la base de tout. Pour se mettre en couple, les pervers narcissiques repèrent des failles chez une partenaire potentielle, telles qu’un manque de confiance en soi ou une peur de l’abandon. Puis ils changent lorsque leur jeu ne fonctionne plus et que celle-ci à la force et le courage de s’en aller. Donc, avant de se remettre en couple, il est vraiment nécessaire de se reconstruire et de restaurer cet estime de soi. Pouvoir accepter et dire que l’on est une personne importante. Cela permet de se respecter, de savoir dire non et d’éviter de reproduire les mêmes schémas.

Qu’est ce que ce travail t’apporte au quotidien ?

De la reconnaissance ! Je me sens vraiment utile au quotidien. J’aime cette idée de pouvoir aider les femmes à changer leur rapport à leur corps et à elles-mêmes. D’avoir la possibilité de les accompagner dans leur travail de résilience. Ce sentiment est d’autant plus fort car je suis passée par les mêmes étapes et je les comprends.  

Quel est le regard des autres par rapport à ce projet ?

Pas facile au début. Mes proches avaient beaucoup d’appréhension car ils ne connaissaient pas du tout les thérapies alternatives. Ils ne sont pas à l’aise avec le domaine du développement personnel, cela ne leur parle pas vraiment. Mais maintenant ils n’ont plus peur. Ma famille a accepté mon choix et a surtout compris qu’il ne s’agissait pas d’une lubie.

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ?

En ce moment, il y a Nathalie Lefèvre, une coach dans le domaine de l’entrepreneuriat, qui m’inspire pas mal. J’aime beaucoup ses lives et la façon dont elle communique. Sinon j’écoute des podcasts et je lis beaucoup.  

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pros ? Des projets persos ?

Pour le côté pro, je vais continuer mes accompagnements privés de quatre mois. Ensuite, j’aimerais aussi mettre en place un accompagnement de groupe sur des thèmes précis.

Pour le côté perso, j’ai l’envie de me rapprocher de la nature et de la mer.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Plutôt un message de résilience. J’aurais envie de dire de ” ne jamais oublier qu’on est plus forte que ce que l’on croit “. Que si on a vécu quelque chose, on a forcément la capacité de se reconstruire. De penser que tout est possible.

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