Ophélie Duez, parcours d’une aide-soignante dans l’univers du handicap

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Partie pour être infirmière, Ophélie découvre sa vocation en tant qu’aide-soignante. Un stage en maison de retraite, dans un service plus spécifique, lui ouvre un nouveau monde: celui du handicap. Coup de cœur immédiat, aujourd’hui Ophélie est encore aux petits soins des personnes handicapées.

Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?

À la base je m’étais lancée dans des études d’infirmière. Par la suite, je me suis rendue compte que je cherchais un contact différent avec les patients. Je souhaitais prendre plus soin d’eux, leur donner du temps et leur apporter une écoute particulière. J’ai eu l’intuition que le métier d’aide-soignante me correspondait mieux. J’ai alors fait un stage à l’hôpital qui m’a permis par la suite de travailler en maison de retraite en tant qu’aide-soignante. Là-bas, il y avait un service dédié aux personnes handicapées mentales. Plus jeune, j’avais un peu peur des gens ayant un handicap, je n’étais pas à l’aise. Puis j’ai appris à les connaître, et je suis tout simplement tombée amoureuse de ces personnes.

En tant qu’aide-soignante, les places sont plutôt dans des structures très médicalisées avec des personnes souffrant de polyhandicap, c’est-à-dire mental et physique. C’est très intense avec peu d’objectifs réalisés. Mon désir était de travailler avec des personnes plus autonomes alors j’ai persisté dans mon apprentissage sur le terrain. À la base, le domaine du handicap reste plus réservé aux éducateurs spécialisés et aux aides médico-psychologiques. Mais les choses sont en train de changer et de plus en plus de postes d’aide-soignantes autour du handicap s’ouvrent. En effet, nous avons un regard médical qui est un atout au quotidien. Nous suivons les enfants, les jeunes et les adultes au cours de leur journée, nous gérons également les repas, les activités, la douche. Mais nous sommes aussi capables de repérer les anomalies, comme une rougeur ou autre et ainsi soulager les infirmières.

Qu’est-ce qui t’a plu dans le milieu du handicap ?

L’échange que nous créons avec ces personnes généreuses et extrêmement reconnaissantes. J’aimerais beaucoup pouvoir changer le regard sur le handicap. Mon objectif, avec les ados par exemple, était vraiment de les sociabiliser. J’adore danser et pour leur faire découvrir les choses de leur âge nous sommes allés en discothèque. Ce moment a vraiment été génial ! En contact avec des gens de l’extérieur, ils rayonnaient de bonheur. Ils levaient les bras et nous les emmenions sur la piste de danse pour faire un slow. Leur permettre de vivre ce moment-là, et de voir leur sourire, il y avait quelque chose de magique.

Que cette sortie soit possible a été une belle surprise et j’en garde un très bon souvenir. Je suis très heureuse d’avoir eu la chance de vivre cette expérience. De plus, les jeunes étant polyhandicapés, il y a une certaine complexité d’organisation. Une infirmière était sur place au cas où une crise d’épilepsie se présentait, ce qui est assez fréquent avec le polyhandicap. Malheureusement, parfois par manque de moyens, il n’est pas toujours possible de proposer ce genre de sortie.

En général, il est difficile de faire du cas par cas et pourtant, il est impossible de proposer la même chose à tout le monde. Les capacités de chacun sont très différentes, porteurs d’un handicap physique, mental, ou les deux, les rythmes et les besoins sont différents. Ainsi lorsqu’on a la possibilité de faire des activités un peu plus exceptionnelles, c’est super. Même avec des enfants moins autonomes, on pourrait leur apprendre le baby-signe si l’on se focalise sur leurs besoins et leurs possibilités d’évolution. Mais nous n’avons pas toutes les ressources nécessaires pour s’occuper de tout le monde individuellement et c’est parfois frustrant.

Qu’est ce que cela t’apporte au quotidien ?

Cela me fait du bien ! Quand je vois les sourires sur leur visages, ma journée est accomplie. Avec le handicap on relativise beaucoup plus dans son quotidien à soi. Plutôt sensible par nature, je capte également beaucoup de signes car il y a aussi énormément de dialogue non verbal avec ces personnes. Un des jeunes dont je m’occupais avait senti que j’allais partir travailler ailleurs. À chaque fois que je m’approchais, il me tenait le bras, de peur que je m’en aille. De ce fait, même en société, j’essaye de prêter plus attention à cette communication faite de gestes et d’expressions.

Est-ce que tu as l’impression d’être encore en train d’apprendre, d’évoluer ?

Oui, je pense qu’on apprend toute sa vie, surtout dans cet univers. Rien n’est figé, selon l’âge, le handicap, l’histoire de la personne, on découvre sans cesse et on peut toujours s’améliorer et améliorer la situation. En fonction des structures où l’on travaille, le fonctionnement est différent, les techniques ne sont pas les mêmes. Entre collègues on peut alors s’échanger des méthodes.

À un moment, pour être encore plus à l’aise et élargir mes compétences, j’ai décidé de réaliser une VAE d’aide médico-psychologique. Je souhaitais même travailler à mon compte pour transmettre véritablement mes valeurs. Axer mes services sur des activités extérieures dont les jeunes et adultes ont envie, comme sortir, socialiser etc. Avoir un véhicule adapté pour les emmener et répondre à des besoins individuels plutôt que d’être parfois submergée par un groupe dans une structure. Je n’ai pas encore pu le faire car combiner désir professionnel, vie de famille en construction et ressources financières nécessaires en même temps, ce n’était pas simple ! Mais peut-être que cela se fera plus tard, je ne suis pas inquiète.

Est-ce que tu as le sentiment de t’être trompée ? 

Non pas du tout, je sens vraiment que c’est ma vocation d’être au contact des personnes handicapées. J’aurais préféré obtenir les bons diplômes tout de suite car en effet j’aurais perdu moins de temps. Mais en même temps je pense que ce parcours m’a apporté beaucoup de choses. Démarrer dans le milieu médical m’a amené sur le terrain et guidé vers l’univers du handicap par lequel je n’étais pas attiré au départ. Puis c’est l’évolution de mes acquis et affinités qui m’a donné l’envie de m’orienter vers l’aide médico-psychologique. Même en cas d’échecs, on apprend et on évolue constamment.

Quel est le regard des autres par rapport à ce que tu fais ?

Beaucoup de gens me disent: “ah ce que tu fais, je ne saurais pas le faire”. Et moi je leur réponds qu’au contraire, quand on apprend à connaître les personnes porteuses d’un handicap, on découvre qu’elles sont vraiment géniales. J’aimerais justement permettre de les sociabiliser encore plus. Pouvoir changer ce regard sur le handicap, leur donner plus de visibilité car ce sont des personnes comme nous. D’ailleurs je pense que l’on a énormément à apprendre d’eux plutôt, plus que l’inverse. Elles sont capables de se réjouir d’un rien alors que nous, nous avons tendance à créer des problèmes pour n’importe quoi. Elles savent se satisfaire de choses simples.

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pros ? Des projets persos ?

La suite, c’est un nouveau poste dans une structure pour personnes âgées porteuses d’un handicap, travaillant la journée dans des structures spécialisées. Cela faisait un moment que je travaillais avec les enfants atteints d’un polyhandicap et aujourd’hui j’ai besoin de plus de communication. Ces enfants ont besoin d’énormément d’attention et de vigilance, les évolutions sont très faibles, voire inexistantes. Il y a beaucoup de décès et ce n’est pas facile à vivre.

J’ai besoin de me sentir plus utile à travers l’échange. Comme par exemple, celui de réaliser une recette de cuisine grâce à l’implication des personnes. Au fur et à mesure des expériences, je me suis rendue compte que je préférais travailler avec des adultes, plus libres dans leur quotidien avec plus d’activités potentielles. Cependant, comme je l’ai dit avant, c’est du cas par cas. Il y a un enfant qui m’avait particulièrement touché. À chaque fois qu’il nous voyait arriver, il avait un sourire jusque derrière les oreilles ! On sentait qu’il était vraiment prisonnier de son corps. Abandonné, il regardait avec attention les autres parents, il se rendait compte de tout.

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ?

Des modèles, hum c’est le néant de ce côté là mais ma source d’inspiration ou ce qui me guide c’est d’être toujours quelqu’un de meilleur et de faire de mon mieux. Je n’ai pas de modèle concret alors j’essaye d’en être un en quelque sorte.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Je dirais de se battre pour ce qui nous semble juste. Ne pas se laisser affaiblir par les gens mais faire confiance à sa petite voix intérieure.

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