Louise Masset, expatriée et européenne dans l’âme

Louise Masset, expatriée


Entre son goût pour les voyages et son envie de travailler à l’étranger, Louise Masset n’à qu’un objectif en tête : celui d’intégrer le Collège d’Europe à Varsovie. Rêve qui devient réalité puisqu’elle y étudie un an avant de débarquer à Bruxelles pour un stage à la Commission européenne. Cinq ans plus tard, elle vit toujours dans la capitale belge et travaille avec passion pour les institutions européennes.

Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?


Alors on ne se réveille pas du jour au lendemain en se disant ” Tiens, je vais travailler pour les institutions européennes “. Adolescente, j’étais plutôt perdue dans mon orientation. Un jour je voulais être avocate, le lendemain, médecin et la semaine d’après, architecte…Puis au lycée, au cours d’une journée portes ouvertes, je suis tombée sur une brochure pour le Collège d’Europe (le campus de Natolin) à Varsovie. L’idée d’y faire une année d’études m’a tout de suite plu ! J’ai même commencé à dessiner des ” schémas ” sur un bloc note, avec des projets de parcours universitaires différents, (prépa, Sciences Po, ISMaAPP, licence d’anglais etc.) qui, en fonction de mes réussites, me permettraient de déboucher sur cet objectif ultime.


Le bac en poche, j’ai intégré une prépa littéraire avec l’envie de réfléchir plus longuement à mon projet professionnel. Très vite, je me suis rendue compte que ce qu’il me fallait dans ma vie, c’est un job qui me permette de vivre à l’étranger ou de voyager pour le travail. Or les affaires étrangères ou européennes pouvaient m’offrir ce type d’opportunités. À la fin des deux années, je suis partie sur Paris pour obtenir un Master Sciences Politiques avec une spécialisation Affaires Européenne. J’avançais petit à petit sur le chemin du Collège d’Europe mais j’avais toujours cette idée en tête que ça n’arriverait jamais.

Une fois mon master en poche, je décide de chercher du travail tout de suite. Mais après quelques mois de doutes et de recherches infructueuses, je me suis dit ” c’est maintenant ou jamais ! “. Je passe alors les épreuves d’admission et à ma grande joie, et surprise il faut le dire, je suis reçue ! Je m’envole donc pour Varsovie et réaliser mon rêve.

C’était comment les études là-bas ? 


Génial ! Comme les étudiants venaient du monde entier , il y avait un contexte multiculturel très riche. Rien qu’à la cantine, en discutant avec les autres, tu découvrais les coutumes d’un pays ou les spécificités politiques d’un autre. Les journées étaient bien remplies entre les cours, les voyages d’études et la vie sur le campus.

Après je l’ai aussi vécu comme une vraie expérience sociale où j’ai beaucoup appris sur moi. Quand tu es à l’étranger dans un campus isolé au milieu de la forêt, tu étudies et tu vis presque 24h sur 24 avec des personnes qui n’ont pas le même rythme ou habitudes que toi. Sans parler des différences culturelles et linguistiques. En effet, une attitude, un mot peuvent être perçus différemment dans une autre culture. Cela donc n’a pas toujours été facile, entre l’emploi du temps chargé, le mal du pays et la distance avec la famille et les proches. Mais malgré tout, je ne regrette rien ! D’ailleurs, lorsque je rencontre quelqu’un qui pense intégrer le Collège d’Europe, je lui dit de foncer.

C’est aussi une excellente préparation pour travailler dans les affaires européennes. Quand je suis arrivée à Bruxelles pour mon premier poste à la Commission européenne, je me suis acclimatée assez rapidement. J’étais habituée à travailler et à évoluer dans un contexte multiculturel. De plus, je connaissais de façon théorique le fonctionnement des institutions.

Comment t’es tu sentie en arrivant en Belgique pour y vivre et travailler ?


J’ai quitté Varsovie pour un stage de cinq mois à Bruxelles. Donc j’ai débarqué avec une seule valise dans un appartement meublé en me disant que c’était temporaire. Je ne connaissais pas les possibilités d’embauche après mon stage et j’étais aussi tentée par une autre expérience à l’étranger. Par ailleurs, étant originaire du Nord de la France, la vie en Belgique ne me semblait pas très différente de ce que j’avais toujours connu et je n’ai pas eu l’impression d’être à l’étranger dans un premier temps. Les frites, la bière et l’architecture flamande, je connaissais déjà. Sans oublier la langue puisque je parle français la plupart du temps dans ma vie quotidienne.

Mais le choc culturel est arrivé au moment de faire des démarches administratives. Parce qu’à la fin de mon stage, différentes opportunités se sont présentées et j’ai commencé à m’installer. Le choc a été assez violent car je me suis rendue compte que malgré les apparences trompeuses, j’étais bien une expatriée. En effet, les règles et manières de faire sont bien différentes. Par exemple et pour l’anecdote, j’ai eu quelques incompréhensions à la banque lorsque j’ai voulu ouvrir un ” compte courant ” en Belgique puisqu’ici on parle de ” compte à vue “. Et je ne parle pas de la réaction de la conseillère lorsque je lui ai montré mon carnet de chèques français, elle n’avait jamais vu ça !


Cinq ans plus tard, quel est ton ressenti aujourd’hui ? 

Je me sens chez moi. Même si certaines particularités m’étonnent encore, je m’y habitue de plus en plus. Fait amusant, j’écoute presque uniquement la radio belge car je me sens plus ” éloignée ” de la France, même si ce qui se passe dans mon pays d’origine m’intéresse toujours. Je ressens de plus en plus le besoin de m’intégrer et de vivre comme une belge. D’ailleurs, une de mes collègue m’apprend toutes les expressions populaires et j’adore ça. 

Après le fait de vivre à Bruxelles, une ville internationale et multiculturelle, m’apporte beaucoup. Dans la rue, on entend toutes les langues, on y trouve des magasins polonais comme portugais et on peut goûter à plein de cuisines différentes.   

Ce qui est étonnant c’est qu’au final, je ne me sens ni vraiment française, ni vraiment belge. Alors quand on me demande parfois quelle est ma nationalité, je dis pour rire que je suis citoyenne européenne. 

Pour toi, que signifie appartenir à l’Union Européenne  ?  

C’est pouvoir étudier et voyager facilement et librement dans un autre pays de l’U.E. Mais aussi pouvoir travailler avec des personnes si différentes les unes des autres. Mes collègues sont italien.nes, hongrois.es et bulgares, par exemple, mais pourtant on réussit à communiquer et à avancer main dans la main.


Je pense aussi que mon attachement à l’Union européenne a été amplifié par mon année d’études au Collège d’Europe. Par exemple, à chaque événement important de l’année scolaire, on entendait l’hymne européen. Résultat aujourd’hui dès les premières notes, j’ai des frissons et presque les larmes aux yeux

C’est comment de travailler à la Commission européenne et au Conseil de l’UE ? 


Pour la majorité des personnes, et moi aussi au début, les institutions semblent inaccessibles. On imagine des eurocrates détachés de la réalité dans leurs bureaux à Bruxelles. Or, elles sont ouvertes, accessibles et ont un réel impact sur le quotidien des européens.

Actuellement, je m’occupe d’organiser les réunions officielles du Conseil de l’UE et du conseil européen, de la plus petite à celle de plus haut niveau avec des chefs d’états internationaux ainsi que les sommets européens. Il m’arrive parfois de croiser au détour d’un couloir des officiels, comme Angela Merkel, et cela me fait toujours quelque chose. Savoir qu’à mon niveau, je contribue à la construction du projet européen me rend plutôt fière.

Tout comme au Collège d’Europe, j’aime beaucoup la façon dont on communique les uns avec les autres. De plus, le fait de ne pas avoir la même langue maternelle que mes collègues débarrasse les conversations des aspects formels. Les relations en interne sont de manière générale beaucoup plus naturelles. Pour l’anecdote, il faut savoir que beaucoup de femmes viennent travailler en baskets ou en Birkenstocks et gardent une paire d’escarpins sous le bureau pour les réunions ou les rencontres officielles.

Quel est le regard des autres par rapport à ce projet ?

Clairement, les gens ont du mal à comprendre mon travail. Rien d’anormal puisque le fonctionnement des institutions et leur rôle semblent, à première vue, compliqués à comprendre. La preuve, quand j’étais à la Commission européenne, on me demandait si tout allait bien au Parlement européen. Et maintenant que je travaille au Conseil de l’UE, on me demande si mon travail me plaît à la Commission… C’est vraiment dommage que les institutions européennes ne soient pas davantage expliquées dans les écoles et à l’échelle nationale. Je me souviens qu’à mon époque, on apprenait seulement les dates des traités et les grandes étapes de la construction européenne, sans aller plus loin, malheureusement…

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ? 

Il y a beaucoup de femmes qui m’inspirent et c’est vraiment difficile de choisir… Si je reste dans le thème des affaires européennes, je pense tout de suite à Federica Mogherini, l’ancienne Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères. Elle m’inspire car c’est une femme jeune, qui a déjà une belle carrière derrière elle, ce qui est encore trop rare de nos jours. J’admire son énergie, sa détermination et son charisme. Je trouve qu’elle a su imposer un style nouveau et, c’est pourquoi, elle pourrait être un modèle pour nous toutes.

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pro ? Des projets persos ?

Pour le moment, je souhaite continuer à évoluer dans ma carrière et à m’épanouir dans mes différents postes. Je sais que les années sont comptées, car on ne peut pas rester plus de six ans dans la même institution, sauf si je réussis un concours. Il faudra sûrement que je me réoriente… Nous verrons bien d’ici là !

Pour le côté personnel, je dirais m’intégrer davantage et mieux connaître le pays dans lequel je vis.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

De ne pas se mettre de limites ! Il faut croire en soi et se dire que rien n’est impossible. Et comme disait Federica Mogherini dans ses discours en citant Nelson Mandela : ” nothing is impossible until it’s done ! ” 

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