Laurie Saulnier, fondatrice de LS Cosmétiques

Laurie Saulnier, fondatrice de LS Cosmétiques
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Un diplôme d’ingénieur et un doctorat en physico-chimie en poche, Laurie Saulnier commence à travailler dans l’industrie cosmétique. Passionnée par la formulation, elle rejoint l’équipe de recherche de L’Oréal avec l’envie de mettre ses connaissances au service des consommateurs. Sauf que la désillusion frappe rapidement à sa porte…Bien décidée à transmettre son savoir, elle change de voie. Alors qu’elle n’avait jamais envisagé devenir entrepreneuse, elle fonde LS Cosmétiques pour aider les passionné.e.s à créer leur propre marque et être pris.e.s au sérieux.   

Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?

Alors que je travaillais pour L’Oréal, en tant qu’ingénieur recherche, j’ai ressenti une perte de sens. Je ne voyais plus d’adéquation entre mes connaissances, mon expertise et les tâches quotidiennes.

Je me suis posée plein de questions sur ce que j’avais envie de faire. Rapidement, j’ai eu envie de proposer quelque chose autour des loisirs créatifs de manière générale. Parce quand je me suis sentie mal dans ma vie professionnelle, les activités manuelles m’ont beaucoup aidée. Voir le fruit de mon travail me permettait de me sentir bien.

Mais quand j’ai commencé à lancer quelques petites choses sur internet pour tester le marché, je me suis rendu compte que la demande portait essentiellement sur les cosmétiques. Et surtout sur les milliards de questions que se posaient les jeunes femmes désirant fabriquer leur propre cosmétique. Or les ressources qui étaient disponibles sur internet étaient trop complexes ou simples mais erronées. Il y a des choses que seules les personnes qui ont travaillé dans l’industrie cosmétique peuvent connaître. D’ailleurs, certains articles de blog sur le sujet pouvaient mettre en danger la sécurité de celles qui voulaient se lancer.

Je me suis alors dit que je pourrais leur transmettre mes connaissances. Très vite, ma cible est passée de la jeune femme qui voulait fabriquer ses cosmétiques à la maison à celle qui souhaitait lancer sa marque de cosmétiques naturels et éthique.

C’est ainsi qu’en 2017, j’ai fondé LS Cosmétiques, un organisme de formation certifié QUALIOPI, dans le domaine de la conception, fabrication et commercialisation de cosmétiques naturels et bio.

En quoi consiste LS cosmétiques ?

LS Cosmétiques est un centre de formation qui a pour vocation d’accompagner les porteurs de projet dans le domaine des cosmétiques. De les former à l’entrepreneuriat ainsi qu’à tout ce qui touche de près ou de loin les cosmétiques. L’idée est de leur apprendre la conception, la fabrication ou encore la réglementation d’un produit cosmétique sans retourner sur les bancs de la fac. Tout se passe en ligne et on peut se former chez soi.

Pourquoi ce choix de la formation en ligne  ?

J’ai choisi la formation en ligne parce que les personnes intéressées par mon offre n’habitaient pas dans ma région. Et surtout parce qu’elles travaillaient et n’avaient le temps de se former que le soir ou le week-end. Le digital était donc la solution parfaite.

Bien sûr, cela n’a pas été simple à mettre en place. Notamment parce que dans la formulation cosmétique, il y a une grande part de pratique. Difficile à filmer et à faire comprendre en ligne. Pour les travaux pratiques, il est essentiel que la vidéo soit clean et que la technique soit bien montrée à l’image. Notamment parce que derrière les personnes vont vraiment fabriquer leurs produits. Mais j’y suis arrivée et cela fonctionne très bien.

Pourquoi ce nom ?

Alors au début cela s’appelait ” Les petites pépites “. C’était un nom que j’avais trouvé au moment où je voulais faire des loisirs créatifs. Finalement, comme mon projet a évolué, cela ne correspondait plus du tout à ce que je voulais faire. Donc j’ai pris mes initiales auxquelles j’ai rajouté le mot “cosmétiques“. Le nom est simple mais il a le mérite d’être clair et concis.

Pourquoi la cosmétique naturelle et bio ?

Ce qui me plaît dans la cosmétique naturelle c’est que les formules sont à la fois minimalistes et efficaces. Alors que lorsqu’on fait de la cosmétique de masse, on doit ajouter beaucoup d’ingrédients pour que le produit fini résiste aux conditions les plus extrêmes quand il est envoyé à l’autre bout du monde.

De plus, aujourd’hui les personnes qui veulent lancer leur marque ont une appétence pour la cosmétique naturelle et minimaliste.

Après je ne ferme pas la porte au reste parce que je pense que toute la cosmétique n’est pas bonne à jeter. Au contraire, il y a plein d’ingrédients qui ne sont pas d’origine naturelle et qui ont leur place et leur intérêt dans la cosmétique. Simplement la conception et la formulation de ce type de produit est plus poussée et compliquée donc on ne commence généralement pas par ça.

Tu as souvent des retours des personnes formées et qui ont créé leur marque ?

Pas toujours. D’ailleurs ce qui est compliqué, dans le milieu de l’entrepreneuriat en général, c’est que la proportion de personnes qui créent à la fin d’une formation est très faible. Sans oublier que les statistiques de la vie de l’entreprise à 3 ans puis à 5 ans montrent que cette proportion s’amoindrit.

L’entrepreneuriat est compliqué, d’autant plus dans le milieu de la cosmétique. Même dans l’artisanat, si on veut faire un produit qui est efficace et qui se conserve bien cela demande quelques mois de R&D, de tests en laboratoire et malheureusement, de nombreuses jeunes femmes n’ont pas ce temps devant elles. Donc soit elles sous-traitent auprès d’un laboratoire et le projet peut-être lancé. Soit elles veulent tout faire elles-mêmes et le projet est parfois remis à plus tard…

Et toi, tu fabriques tes propres cosmétiques ?

On dit toujours que les cordonniers sont les plus mal chaussés et c’est vrai puisque je ne fabrique pas mes cosmétiques ! (rires) Plus sérieusement, je ne le fais pas car je n’ai pas le temps. Mais aussi parce qu’il y a des cosmétiques sur le marché qui me conviennent parfaitement.

Tes proches te demandent souvent d’en fabriquer pour eux ?


Non mais ils me posent beaucoup de questions sur la composition des produits et leur fonctionnement. Par exemple, ils vont me demander pourquoi tel masque rend les cheveux brillants alors que l’autre n’a aucun effet. Après c’est une faible proportion de mon entourage. Car la majorité de mes ami.e.s ont fait les mêmes études que moi ou travaillent dans le domaine de la cosmétique.

Qu’est-ce que ce travail t’apporte au quotidien ? Comment te sens-tu ?

J’ai eu des périodes de doutes et de reprise de confiance. Aujourd’hui je me pose beaucoup de questions sur mon activité car je l’ai créé en voulant aider les jeunes femmes à se lancer dans l’entrepreneuriat. Aujourd’hui j’ai peu de retours sur l’impact que mes formations ont sur leur projet à long terme. À court terme, les jeunes femmes sont ravies de ce qu’elles ont appris et du travail qu’elles ont accompli. Maintenant je me demande toujours si ce que je fais est utile et si je ne peux pas aider les gens autrement. En proposant d’autres services par exemple, pour les aider à concrétiser leur projet.

Donc l’aventure entrepreneuriale je dirais que c’est être capable de se remettre en question, de s’adapter. De ne jamais prendre tout ce que l’on a pour acquis. 

Je suis un peu au cap des cinq ans de l’entreprise et je me demande si je dois continuer sur la même lancée ou effectuer des changements.

Quel est le regard des autres par rapport à ce projet ?

Soit il y a un regard d’incompréhension, c’est-à-dire que les gens ne comprennent pas trop comment s’organisent tes journées. Ils n’ont pas idée de tout ce que l’on fait en une journée. Soit il y a le regard admiratif sur tout ce que j’ai appris à faire et ce que je sais faire seule. Ce regard là, il aide beaucoup car il me permet d’avoir confiance en moi et de persévérer même en cas de doutes.

D’ailleurs il faut plutôt écouter les personnes bienveillantes et/ou expertes sur un sujet. Quelqu’un qui n’a jamais créé une entreprise, n’a pas le recul nécessaire pour pouvoir affirmer que cela ne va pas marcher. Au fur et à mesure du temps, j’ai su mettre de côté les personnes dont l’opinion ne m’aidait pas à avancer.       

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ? 

J’en ai plein ! Il me suffit d’aller sur Linkedin et de lire des posts de femmes entrepreneuses pour me sentir inspirée. J’ai l’impression qu’elles ont mille casquettes, qu’elles ont quitté leur job pour monter une entreprise qui a du succès, qu’elles arrivent à tout mener de front…

Toutes ces femmes m’inspirent au quotidien parce que j’ai plutôt l’impression d’être sous l’eau et d’avoir du mal à faire tout ce que j’ai envie de faire ! (rires)

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pro ? Des projets persos ?

Les projets persos sont un peu derrière moi car être indépendante professionnellement m’a permis de construire plein de choses dans ma vie personnelle, comme avoir un enfant.

Là je suis plutôt concentrée sur le pro. Notamment développer d’autres services pour pouvoir accompagner d’autres personnes. Mais toujours dans le transfert d’expertise et de connaissances parce que c’est là ou je m’éclate le plus. Concevoir des parcours de formation, expliquer des choses aux gens, la pédagogie, c’est ce qui m’anime au quotidien.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Que tout est possible ! Que tant que l’on a pas essayé, on ne sait pas si cela va marcher. Il ne faut écouter que soi, y croire et foncer ! 

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