Hanaé Bord, entre éthique, engagement et réseaux sociaux

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Professeure d’anglais dans un lycée en région parisienne, Hanaé Bord se rend vite compte que sa vocation est ailleurs. Ce qu’elle aime, c’est avant tout transmettre son savoir et échanger avec les autres. Elle décide alors de changer de vie et de se former aux métiers du digital. Aujourd’hui social media manager en freelance, Hanaé aide les entreprises éthiques à se développer sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram.

Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?

Une fois mon diplôme en poche, je fais ma première rentrée en tant que professeure d’anglais dans un lycée de la région parisienne. Celle-ci est aussi la dernière puisqu’en mai, je pose ma démission. Cette décision soudaine est en fait le résultat d’une longue réflexion. En effet, depuis plusieurs mois, voire années, je ne me sentais pas bien et je me disais que ce métier n’était pas fait pour moi. Pourtant j’adorais ma relation avec les élèves, pouvoir échanger avec eux et leur transmettre mon savoir. Mais toute la partie préparation des cours était très anxiogène. D’autant plus que je voulais mettre en place une technique moderne d’enseignement, c’est-à-dire sans livres. Ce qui alourdissait encore plus ma charge de travail. Résultat : je me sentais angoissée en permanence et je pleurais pas mal. Sans compter que je ne me reconnaissais pas dans l’Education nationale.

Donc après ma démission, j’ai décidé de m’inscrire dans une école digitale à Montpellier. À l’époque, ce domaine m’intéressait beaucoup. J’avais déjà un blog et un compte où je partageais des recettes végétariennes et mon quotidien avec une petite communauté. Je me suis dit pourquoi ne pas faire de cette passion un métier. Et je n’ai pas regretté mon choix car la formation était très variée et concrète. Non seulement j’avais des cours d’intégration web, de design graphique et de marketing digital mais j’ai également travaillé sur des challenges avec de vraies entreprises. Après une première année “passerelle“, je me suis orientée vers un master de stratégie digitale avec une spécialisation UX Design en alternance.

Durant ces deux années d’apprentissage, d’abord dans un accélérateur de start-up puis dans une entreprise de jouets recyclés, j’ai fait un peu plus de communication digitale que prévu. Un mal pour un bien car je me suis rendue compte que j’adorais aider les marques à faire porter leur voix sur les réseaux sociaux. C’est également durant ma dernière expérience que j’ai compris qu’Instagram était le réseau qui me plaisait le plus. Je sentais qu’il y avait vraiment quelque chose à faire. Qu’on pouvait avoir un fort taux d’engagement en créant du contenu pertinent.

Puis à la fin de mes études, je me suis immédiatement lancée en tant que social media manager en freelance. Pourquoi ce choix ? Parce qu’après avoir vu trois façons de travailler différentes, j’ai su qu’il fallait que je devienne ma propre patronne. Je n’aimais pas cette impression d’être surveillée toute la journée. Cela me pesait et je devenais vite négative. Sans parler des horaires imposés. Parfois, tu te retrouves à ne rien faire car si la créativité n’est pas au rendez-vous, tu dois rester jusqu’à la fin. Finalement, c’était vraiment la partie organisation et management du travail qui ne me correspondait pas. Moi je suis plutôt indépendante et casanière, j’aime pouvoir travailler de chez moi. Pour finir, le fait d’avoir des proches eux-mêmes freelances m’a rassuré dans un sens. Ils s’en sortent bien alors pourquoi pas moi ?

Pourquoi cette envie d’accompagner des marques éthiques  ? 

Car dans ma vie personnelle, c’est quelque chose qui me tient à cœur. Depuis sept ans, je n’utilise que des produits de cosmétiques naturels par exemple. Et puis en tant que végétarienne, je n’avais pas envie de promouvoir de la viande ou du lait de vache. Avec cette orientation, je me suis dit que j’allais pouvoir accompagner des entreprises qui sont engagées et qui ont du sens. Je trouve tellement intéressant de faire connaître des produits avec un intérêt écologique ou des marques avec de vraies valeurs.

De plus, en rencontrant ces entrepreneur.es , je me suis aperçue qu’ils.elles étaient plus apaisé.es, plus en phase avec leur projet que les autres. Cette approche différente de l’entreprise me parle énormément.

On parle souvent des effets négatifs des réseaux sociaux, qu’en penses-tu ? 

Je pense qu’il y a un vrai danger avec les réseaux sociaux et qu’il faut savoir les utiliser à bon escient. Pour être totalement transparente, j’ai moi-même un problème avec ces derniers. Ils sont très addictifs et peuvent te prendre tout ton temps. Selon moi, nous sommes beaucoup à avoir ce souci et malheureusement, soit on ne s’en rend pas compte, soit on sous-estime son impact. Alors qu’il faut vraiment faire attention à son utilisation d’Instagram et au temps que l’on y consacre. Surtout quand on travaille dans ce milieu et qu’à la fin de la journée, on bascule sur son compte personnel pour encore consommer du contenu. C’est pour cette raison qu’il faut bien choisir les personnes que l’on suit et veiller à ce que les contenus que l’on regarde ne soient pas trop vides.

La comparaison est aussi un vrai problème des réseaux sociaux. Parfois tu te dis à la fin de la semaine ” mais pourquoi je ne me sens pas bien alors que j’ai fait trois choses géniales ?“. En fait, tu réalises que c’est parce que tu as vu plein de stories d’une de tes concurrentes, qui n’est pas au même niveau que toi. Tu as l’impression que ton travail est moins bien alors qu’elle a juste un parcours et un business model différent.

Selon toi c’est quoi aujourd’hui un bon contenu Instagram ?

De plus en plus, les personnes ouvrent les réseaux sociaux pour s’informer ou développer leur culture. Elles cherchent aussi des posts engagés et/ou qui reflètent l’opinion de la marque. Par exemple, si un business éthique ne partage pas ou ne porte pas assez ses valeurs, la communauté peut clairement le lui reprocher. Bien sûr, le côté divertissant est toujours présent et important mais plus autant qu’auparavant.

D’ailleurs, on peut voir aujourd’hui que certains médias se développent sur Instagram. Même une marque ne doit pas avoir peur de partager l’actualité, d’éduquer ou de sensibiliser son audience. Ces contenus plaisent de plus en plus et notamment à la jeune génération.

Comment tu arrives à séparer vie pro et vie perso ?

Parfois c’est compliqué de déconnecter et de retourner à l’instant présent. Mais j’essaye au maximum à la fin de mes journées d’avoir totalement finalisé ce que je voulais poster en story. Ou alors je le note pour en parler le lendemain. L’idée étant de ne plus rien avoir en tête.

En soirée, je m’efforce aussi de ne pas me connecter à mon compte pro. Je n’y arrive pas toujours mais vraiment la plupart du temps, je me mets en off pour profiter. Pareil pour le week-end. C’est tellement important d’avoir ces moments de pause pour être encore plus créative et prête le lendemain.

Toute est aussi une question de volonté. J’ai déjà testé les limites d’application avec l’iphone et cela ne fonctionne pas vraiment. Il te suffit juste d’ignorer le rappel. Je pense qu’il faut également prendre conscience des dangers de l’hyperconnexion. Parce qu’en étant toujours sur les réseaux, on ne crée pas de liens avec les personnes qui nous entourent et on ne profite pas de l’instant présent.

Qu’est ce que ce travail t’apporte au quotidien ? Comment tu te sens ? 

Vaste question ! Je dirais que je fonctionne étape par étape. Par exemple, récemment j’ai mené un webinaire. J’en parlais depuis des mois à mon entourage sans forcément passer à l’action. Quand je me suis enfin lancée, j’ai adoré le faire. Non seulement j’ai pu transmettre mon savoir mais en plus j’ai concrétisé un projet. Cela m’a donné un vrai boost de confiance en moi. Finalement, j’essaye d’être fière de chaque petite chose mise en place.

Tout à l’heure, on parlait de comparaison et ce que j’ai fait également, c’est couper toutes les stories de la concurrence directe. Je ne l’avais jamais fait avant alors qu’honnêtement je me sens beaucoup mieux. Plus j’avance, plus je me sens sereine dans mon business.

Quel est le regard des autres par rapport à ce projet ?

Le fait que certains proches soient indépendants, et gagnent bien leur vie, m’a beaucoup encouragé. Je voyais qu’ils étaient libres et qu’ils pouvaient développer des projets personnels à côté de leur activité. Mon copain, également freelance, m’a bien aidé puisqu’il a su m’aiguiller et répondre à mes interrogations.

Sinon personne ne m’a dit que mon projet était une mauvaise idée. J’ai eu quelques questions par rapport à l’argent ou à la sécurité de l’emploi. Mais c’est surtout parce que ma famille travaille en grande majorité dans la fonction publique. Elle ne connaît pas du tout ce milieu.

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ? 

Typiquement, j’aime beaucoup Pauline Laigneau, la fondatrice de Gemmyo. J’écoutais son podcast et je trouve son parcours entrepreneurial très inspirant. Autrement, j’adore écouter des américains raconter leur histoire et parler de mindset ou de la fierté de monter un business qui fonctionne. Ce genre de discours me motive énormément. Je suis également pas mal de social media managers qui ont eu une ascension fulgurante et qui gagnent aujourd’hui beaucoup d’argent.

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pros ? Des projets persos ?

Pour l’instant mon seul projet personnel consiste à trouver un équilibre avec ma vie professionnelle. J’ai envie de prendre soin de moi et d’avoir une bonne santé physique et mentale.

Du côté pro, je souhaiterais commencer les coachings en groupe et créer une formation qui pourrait être accessible en permanence. L’idée étant de pérenniser un peu mes revenus et d’augmenter ma visibilité. Et pour finir, j’aimerais beaucoup lancer mon podcast.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Je dirais ” crois en toi aujourd’hui et dis toi que tu es capable de passer à l’action. Tu n’es pas moins bien qu’une autre personne, il suffit juste de te lancer et de ne pas avoir peur de te tromper.

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