Erica Lebrun-Gauvin, co-fondatrice de Mme L’Ovary

Erica cofondatrice de Mme L'Ovary

Musicienne, globe-trotteuse et prof de yoga, Érica Lebrun-Gauvin est une femme passionnée qui déborde d’idée. Après un parcours de découverte et de réappropriation de son cycle menstruel, elle fait la rencontre d’Olivia Elting. Ensemble, elles se lancent le défi de créer la culotte menstruelle idéale et d’apporter cette invention à leurs consoeurs québécoises. Pari réussi puisqu’avec leur entreprise Mme L’Ovary, elles accompagnent les femmes dans leur transition verte et leur reconnexion à leur nature cyclique.

Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?

La première graine de mon parcours avec Mme L’Ovary a été semée quand j’avais quinze ans. Dans mon groupe d’amies, j’étais la seule à ne pas avoir eu mes règles. Ainsi j’appréhendais l’arrivée de mes menstruations et en même temps, j’avais envie de les avoir. Je voulais faire partie du “gang” en quelque sorte. Surtout que j’étais la moins “formée” de la bande donc je passais pour la petite soeur alors que j’avais le même âge que mes copines. 

Quand je suis allée voir le médecin, j’ai parlé de mes problèmes d’acné et il m’a alors proposé de prendre la pilule contraceptive. En me disant que, par contre, cela déclencherait mes règles. Et avec une grande ignorance du haut de mes quinze ans, j’ai tout de suite dit oui ! J’ai pris la pilule pendant six ans, de mes quinze à mes vingt-et-un ans. Avec beaucoup de changement de contraception entre deux car j’avais toujours des maux de ventre et l’impression d’être dans le brouillard. Un peu comme la dépression. J’avais le sentiment de ne jamais être totalement moi-même. 

Puis j’ai décidé de tout arrêter. Je voulais savoir comment j’étais, comment je me sentais sans l’influence des hormones. D’autant plus que finalement je n’avais pas eu de cycle menstruel avec des hormones naturelles puisque tout s’était déclenché avec la pilule. 

C’est à ce moment que j’ai commencé mon cheminement. À reprendre le contrôle sur ma féminité, mon utérus, mon cycle menstruel. Après l’arrêt de la pilule, je n’ai pas eu mes règles pendant un an et demi. Pendant cette période, j’ai fait beaucoup de cercles de femmes. J’ai rencontré des grands-mères indigènes qui m’ont transmis des enseignements ancestraux. Au fur et à mesure, je me suis reconnectée à ma féminité pour finalement avoir mes premières menstruations naturelles. J’avais tellement attendu que je les ai accueillis avec beaucoup d’amour. Impossible d’y associer quelque chose de négatif ! 

Avec tout ce que j’avais appris, et le début de ma conscience écologique, je ne voulais plus utiliser de protections menstruelles jetables. Je voulais honorer ce sang. Le redonner à la terre…C’est pourquoi je me suis mise à utiliser la cup menstruelle et les serviettes périodiques lavables que l’on clippe à la culotte. Sauf que je suis une grande sportive, je me déplaçais souvent en vélo et ça ne tenait pas bien en place. Ce n’était pas confortable. Et parfois je n’avais pas envie de porter la cup…

 Puis je rencontre Olivia, la cofondatrice de Mme L’Ovary et l’aventure commence… 

Peux-tu nous raconter les débuts de Mme L’Ovary ?

Quand j’ai rencontré Olivia, lors d’un voyage au Mexique, elle était artiste de cirque et elle avait créé sa propre invention de culotte menstruelle. Lorsqu’elle me l’a montré, je me suis dit ” il faut trop que j’en essaye une ! “. À l’époque, la seule entreprise de culotte menstruelle qui existait, c’était Thinx, une marque américaine, et leurs produits n’étaient pas du tout commercialisés. Donc une vraie révélation pour moi. 

Bien sûr, nous n’avions pas du tout cette idée de business. On avait surtout l’envie de partager cette création avec le plus de femmes possible. Parce qu’on savait que beaucoup d’entre elles avaient des mycoses à répétitions à cause des produits chimiques, irritants des serviettes hygiéniques. Que c’était désagréable à porter, que cela ne laissait rien respirer. Il fallait qu’on partage cette expérience ! Au moins avec les femmes de notre communauté.    

Tout de suite, j’ai voulu m’en fabriquer une et l’on a commencé à réfléchir à des améliorations, au meilleur tissu à utiliser. Là-bas, au Mexique, on a trouvé le tissu parfait. Fin, absorbant. Sauf qu’on ne pouvait l’acheter qu’en rouleaux et pas au mètre ! On réfléchit, on fait nos calculs. Avec un rouleau, on pouvait faire 400 culottes ! Pas grave, on se lance et on trouve des couturières pour les fabriquer. 

Deux mois plus tard, on retourne au Québec (avec 400 culottes planquées dans nos valises). Avec cette envie d’apporter une invention à nos consoeurs québécoises. On achète un van et on sillonne les festivals, les marchés, les foires écologiques. Rapidement, on arrive à vendre nos 400 culottes avec juste une page Facebook. 

C’était un vrai succès et nous avons donc décidé de lancer une campagne de financement participatif. Notre objectif était de 5000 dollars de précommandes. Et finalement nous avons collecté 48 000 dollars de précommandes ! Il était temps de faire un site web ! Puis de recruter nos premiers employé.e.s et enfin, de développer la gamme de produits.

Pourquoi Mme L’Ovary ?

Le nom est arrivé dès le départ et c’est Olivia qui en a eu l’idée. Mme L’Ovary fait référence à “Love your Ovaries” et à “Mme Bovary“. 

Vous êtes un duo, comment se passe la gestion de l’entreprise ?

Au début nous étions en couple avec Olivia. Mme L’Ovary était, est, vraiment notre bébé. Aujourd’hui nous sommes séparées mais nous restons des alliées précieuses. Il n’y a pas un être humain sur terre qui me connaît mieux qu’elle. Notre lien va plus loin que celui du “Business Partner“. Malgré notre rupture, nous avons réussi à naviguer ensemble à travers les émotions et les challenges du quotidien. Notamment parce que nous voulions préserver notre bébé et tout ce que l’on avait déjà construit. 

Avec la croissance de l’entreprise, nous sommes dans une autre étape. Celle de trouver d’autres partenaires, des experts pour continuer à la faire grandir.

Pour toi c’est quoi une culotte menstruelle parfaite  ?

Je pense que la perfection doit venir de la variété d’outils. De la possibilité pour la personne de choisir la protection qui lui convient à l’instant T. Que ce soit la culotte menstruelle, la cup ou le free flow (flux instinctif libre). 

Chez Mme L’Ovary, notre avantage concurrentiel c’est qu’il est possible de porter la culotte menstruelle toute la journée. Il suffit simplement de changer les pads pour rester au sec. Et bien sûr pour moi la culotte menstruelle parfaite est la plus fine possible. Pour pouvoir la porter avec n’importe quel pantalon sans que cela se voit.

Quelles valeurs as-tu envie de transmettre à travers Mme L’Ovary ?

Je dirais ” embracing your flow “. Être capable d’accueillir notre nature cyclique au lieu de la repousser comme le demande la société patriarcale. Être capable d’aller trouver la beauté et les trésors dans notre cycle. 

Cette richesse a été trop longtemps mise de côté par peur de son pouvoir. J’ai envie de transmettre les clés pour se reconnecter à ce pouvoir. Pour voir le cycle menstruel comme une force plutôt que comme une faiblesse ou un désavantage.  

Pourquoi selon toi c’est important d’éduquer les femmes sur le cycle menstruel et plus largement leurs corps ?

Pour moi, ma plus belle contribution est de donner les outils et le savoir de base aux adolescentes pour qu’elles puissent comprendre ce qui se passe dans leur corps. Si j’avais eu accès à ses connaissances à quinze ans, j’aurais sûrement fait des choix différents avec la pilule. Je ne serais pas passée par six années de tests d’hormones synthétiques pour ensuite devoir détoxifier mon corps pendant deux ans. Que de temps perdu ! Même si d’une certaine façon cela a été aussi un bel apprentissage. 

Je pense que c’est vraiment important d’éduquer les femmes à comprendre leur cycle menstruel. Pas seulement les menstruations mais l’ensemble des quatre phases du cycle. Parce qu’à partir du moment où tu comprends que tu t’inscris dans quelque chose de plus grand, tu te détends. Tu es plus sereine car tu t’acceptes avec tes changements, ton côté cyclique. Au lieu d’essayer d’aller à contre-courant de tes émotions. Et puis tu te sens moins seule car tu sais que d’autres femmes vivent la même chose que toi. 

Je trouve que cette connaissance manque dans notre éducation, notre société. Je me souviens encore du prof de bio très mal à l’aise pendant qu’il nous parlait des menstruations. Toi, ado, tu n’as qu’une seule envie c’est de partir en courant. Finalement l’éducation se fait entre amies. Alors qu’on ne se transmet pas forcément l’information la plus fiable ou efficace. 

Il faudrait aussi éduquer les garçons, les hommes pour que cela devienne normal d’en parler. Pour mettre fin aux tabous. C’est mon envie aussi avec Mme L’Ovary. Au-delà du produit, je veux trouver un moyen de faire bouger les choses. De semer des petites graines dans la génération actuelle pour voir ce que cela peut donner à la génération suivante. Je me vois un peu comme une artisane de la culture de demain.

Peux-tu m’expliquer en quoi consiste Les Tables Rouges et le mouvement #sangdéchet ?

Les Tables Rouges sont des événements mensuels que l’on offre à notre communauté. L’idée derrière est d’apprendre ensemble des connaissances liées à la santé, au féminin, à la contraception, à la sexualité, au zéro-déchet ou encore au bien-être mental. L’intention est d’en apprendre toujours plus car le savoir est le pouvoir. 

En ce qui concerne le mouvement #sangdéchet, l’idée était de dissocier le sang menstruel et les déchets. Parce qu’après tout, le sang menstruel est créateur de vie. Mais aussi de trouver des solutions pour arrêter d’en faire un déchet. Nous avons donc lancé ce mouvement il y a deux ans en travaillant avec les municipalités pour trouver une ” win-win situation “. Dans laquelle ces dernières utilisent une partie de leur budget pour rembourser 50% des protections réutilisables des citoyennes plutôt que de dépenser beaucoup d’argent pour la gestion des déchets. Non seulement elles encouragent la transition verte mais elles réduisent aussi une partie de leurs dépenses publiques. Aujourd’hui c’est plus de cent municipalités qui participent au mouvement #sangdéchet.

Depuis 2016 Mme L’Ovary a bien grandi, comment te sens-tu aujourd’hui ?

Je suis très fière. Toujours passionnée même si la passion fluctue au quotidien. Après avoir été aussi investie, j’ai envie de prendre plus de temps pour moi. Pour jardiner par exemple. Mais sans me détacher pour autant de l’entreprise. 

Surtout qu’aujourd’hui Mme L’Ovary a tellement grandi qu’on ne peut plus tout faire à deux. C’est pourquoi je vais davantage me concentrer sur l’ADN, le message de l’entreprise. Je me sens la gardienne de l’âme de Mme L’Ovary. Notamment pour qu’elle continue à grandir sans devenir pour autant une machine sans âme. 

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ?

Il y a quelques entrepreneurs qui m’inspirent au quotidien. Comme David de Loop Mission car  il est très “smart” au niveau business. 

Sinon je suis inspirée par mon équipe. Le faire ensemble m’anime au quotidien. Et puis savoir qu’il faut faire des ventes pour les payer, leur donner ce qu’ils méritent me motive beaucoup. 

Sans oublier notre communauté qui est incroyable. J’admire leur courage de passer aux protections lavables alors qu’avec nos vies effrénées, ce changement n’est pas forcément simple.      

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pro ? Des projets persos ?

Beaucoup trop ! À la base je suis musicienne donc j’ai un projet de musique avec ma sœur. Mais aussi un projet de plantes médicinales avec elle. D’ailleurs on est en train de construire une serre.

Côté pro, faire grandir Mme L’Ovary et développer de nouvelles idées.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Aqui y ahora“, ici et maintenant.

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