Elen Lefeuvre, biologiste engagée pour l’agriculture urbaine

Elen, agriculture urbaine

Passionnée par les plantes, Elen se voit chercheuse en laboratoire et réalise un DUT génie biologique. Mais avec un esprit vif et une conscience écologique grandissante, elle aspire à quelque chose de plus concret. Virage à 45°, elle passe un master en horticulture pour se rapprocher de l’agriculture urbaine et être sur le terrain. Au détour d’un passage à Avignon, elle s’engage pour un service civique dans un projet de ferme urbaine.

Quel a été ton point de départ ?

Lors de ma dernière année de master, j’ai effectué un stage de recherche en agriculture urbaine sur des fertilisants organiques. Le but: tester des substrats, un engrais très riche pour les plantes, issus de biodéchets. Très emballée, j’avais envie de continuer dans cette voie et j’ai commencé à chercher du travail. Seulement voilà, l’agriculture urbaine est une forme émergente de l’agriculture dite classique, qui dépend elle-aussi de subventions. Même si l’écologie, le développement durable sont “tendances”, il y a peu d’opportunités ou alors beaucoup venant d’associations. En week-end à Avignon et grâce au bouche à oreilles, je suis allée à l’inauguration d’une champignonnière. Cela faisait partie d’un projet de ferme urbaine et les initiateurs cherchaient des personnes prêtes à réaliser un service civique. L’enjeu social et solidaire m’attirait depuis déjà un moment, je suis alors partie sept mois tenter cette aventure.

Comment s’est passée cette expérience ?

Quand je suis arrivée mon rôle était de développer la champignonnière. S’occuper de la pousse mais également de récolter la matière première à savoir le café, sur lequel poussaient nos pleurotes. Dans une démarche d’économie circulaire, on se rendait chaque semaine dans les bars et restaurants de la ville pour récupérer du café. C’était très sympa !

Ensuite, l’objectif principal de l’association était de monter la ferme urbaine de A à Z. Le terrain était acquis, un ancien parking d’un quartier prioritaire utilisé pour le festival d’Avignon. En gros, rien, juste du béton ! Nous sommes partis sur des solutions hors-sol, comme la culture sur bottes de paille, car impossible de planter en pleine terre. Ensuite ce qui était nécessaire aux cultures devait provenir de déchets, pour être ainsi valorisés. Dans ce sens, nous avons créé des carrés potagers à base de matières organiques issues de biodéchets. Cela nous a permis de réaliser des tests agronomiques, par exemple la création de substrats. Ou des mélanges avec du compost ou de la drêche de bière (résidu solide de malt ou d’orge issu du brassage de la bière) qui provenait d’une brasserie environnante.

Entre-temps, la crise sanitaire s’est déclarée et au printemps: confinement. Le côté positif c’est que nous avons vraiment eu le temps d’élaborer ce projet et faire des plans. Comme je m’occupais de la partie recherche en agronomie, précisément l’impact des différents substrats entre eux, j’ai pu énormément étudier, contacter des personnes, évaluer les quantités etc… Au retour, tous les intervenants du projet se sont retrouvés et les travaux ont pu commencer. Cette micro-ferme urbaine a vu le jour également grâce au soutien de la ville et le vote des résidents pour accéder au budget participatif. Un projet attendu qui nous a permis à la mi-mai, de faire appel aux bénévoles et de lancer un chantier participatif tous les samedis, qui a rencontré un franc succès.

Quel était le regard des autres sur ce projet ?

Alors, c’est peut-être cela qui est un peu dommage car le milieu participatif est un petit monde. Les bénévoles qui venaient le samedi par exemple étaient des personnes déjà sensibilisées par la cause environnementale. On se retrouvait beaucoup “entre-soi”, on avait les mêmes idées, les mêmes intérêts ce qui était génial forcément, mais le but c’était aussi d’intégrer la population comme les voisins du quartier prioritaire. Sans vouloir catégoriser, c’était plus les bobos écolos qui revenaient régulièrement. Ensuite, le projet a démarré très vite après le confinement et nous n’avons pas eu le temps de faire une véritable campagne de communication. Un bar/cantine était supposé ouvrir en juin pour diversifier la clientèle, grâce à des évènements, des soirées et des animations. L’année prochaine, je l’espère, le festival d’Avignon pourra rythmer un peu plus le passage à la ferme urbaine.

Que retires-tu de cette expérience ?

C’était une super aventure car ce genre de projets inclut énormément de bénéfices. Il y a une partie sociale avec beaucoup de rencontres, de la sensibilisation autour de l’environnement et puis le côté concret du projet. Réduire les îlots de chaleur, apporter de la biodiversité, ramener les abeilles, bref végétaliser le milieu urbain. Et ça, c’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. Ensuite j’y ai ressenti beaucoup de solidarité. Des gens à la recherche d’emploi venaient et le fait de jardiner tous ensemble donnait un énorme élan de motivation. Tout le monde repartait avec le sourire et se mettait alors à échanger des contacts, une sorte de réseau se développait. On partage ses compétences, ses astuces sur tous les plans et pas seulement le jardinage. C’était une période vraiment enrichissante.

As-tu le sentiment de t’être trompée dans ce parcours ?

Non je ne pense pas. À chaque fois que je me suis rendue compte qu’une expérience ne me correspondait plus et bien j’ai tenté autre chose. Au début j’étais vraiment axée sur le pathogène des plantes, la génétique et je travaillais en laboratoire à faire de la recherche fondamentale. Mais lorsque je discutais avec les gens, j’étais animée par l’impact des plantes et la végétalisation des villes. Ce qui n’était pas du tout ce que je faisais au fond de mon labo ! J’ai eu un déclic, et lors de mon master 2 je me suis réorientée en horticulture alors que je n’avais jamais bossé dans une serre ou même ramassé des tomates ! Mais c’était le seul parcours qui me permettait de me rapprocher de l’agriculture urbaine et qui au final m’a poussé vers le projet de ferme urbaine.

Après, le milieu associatif était quelque chose que je connaissais peu mais en faire partie était un vrai désir. Le service civique a été une véritable immersion et j’y ai aussi vu l’envers du décor. En général, peu de personnes sont employées et cette association fonctionnait grâce aux stagiaires et services civiques. On est aussi sans cesse dans la demande de subventions pour financer le projet.

Parfois c’était très intense. Il fallait beaucoup de ressources physiques, nous étions dehors toute la journée avec la canicule. On s’implique à fond, cela nous tient à cœur, on travaille beaucoup même le weekend. Mais l’on est très peu payé avec la majorité de notre temps libre dédié au projet. Comme la finalité du projet, l’écologie, est très louable, beaucoup de porteurs de projet considèrent que c’est normal de s’impliquer autant. Seulement l’équilibre est peu rompu avec parfois peu de reconnaissance car il s’agit presque de bénévolat. Aujourd’hui je cherche du travail et quand je vois qu’il s’agit d’une association je me méfie un petit peu. Par contre, si je vois des projets similaires en étant salariée et où je peux vraiment en vivre, alors là je fonce !  

Et la suite c’est quoi ? des projets pro ou perso ? 

J’ai fini mon service civique cet automne et je fais aujourd’hui quelque chose qui n’a rien à voir. Avec la crise, on trouve peu d’offres d’emploi dans le domaine du végétal. Encore moins quand il s’agit d’agriculture urbaine qui est un mouvement grandissant mais peu répandu. Je ne me voyais pas rien faire et avec mon diplôme de génie biologique, j’ai souhaité aider la cause nationale. J’ai pratiqué un temps des tests PCR Covid au sein d’un laboratoire et là je travaille dans l’unité microbiologie. J’étudie les bactéries, les antibiotiques, donc rien à voir avec les plantes ! C’est une situation temporaire, mais je préfère faire quelque chose de vraiment utile en attendant de trouver l’opportunité qui me correspond vraiment.

J’ai vu une annonce pour de la recherche concernant le développement de nouvelles technologies dans la pousse de plantes à la verticale, en ville. Je retrouve la partie agriculture urbaine qui me passionne, pas le côté social, mais qui me laisserait du temps le weekend pour être bénévole dans des assos. Ou alors travailler pour une entreprise qui développe des toits végétalisés. Gérer ce genre de projet doit être super intéressant. Le secteur n’est pas facile mais je reste toujours autant passionnée par le monde végétal. Voici un peu mon état d’esprit pour la suite !

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ? 

Cela va paraître bête mais franchement, je pense que mon modèle c’est ma sœur. Son avis m’importe beaucoup, j’ai toujours aimé sa manière de voir les choses, de faire les choses. Je cherche des personnalités publiques mais au final non, je ne trouve pas !

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Je dirais de ne jamais oublier qui l’on est. Peu importe de quoi la vie est faite, on est toujours soi, une personne à part entière qui mérite de belles choses. Chaque personne est précieuse et en vaut la peine. Il faut donc ne pas baisser les bras. Ne jamais abandonner et surtout pas à cause des autres, car quand on veut, on peut presque ! Et je pense que pour que cela marche il faut être bien entouré. Si j’ai pu arriver au bout de mon parcours un peu atypique, c’est aussi grâce à ma famille et mes amis qui m’ont beaucoup soutenue.

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