Céline Oberlé, fondatrice de Vera Cycling

Vera Cycling vélo urbain

New York, Montréal, Paris, grâce à son métier de graphiste Céline Oberlé voyage et participe à plein de projets. Pourtant, au bout de quinze ans, elle ne trouve plus de sens à son travail. C’est à ce moment qu’elle rencontre son grand amour : le vélo urbain. Fini de cogiter, Céline décide de tout quitter : boulot, appartement et petit ami. Aujourd’hui, elle conçoit et customise des gapettes, les fameuses casquettes de cyclistes.

Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?

Je dirais une succession d’événements. D’abord, je ne me sentais plus en phase avec mon travail, j’avais le sentiment de ne plus avoir de valeur ajoutée. En fait, je venais de réaliser que j’étais devenue une exécutante et cela me frustrait beaucoup.

Ensuite, au moment où je commençais à me poser pas mal de questions, j’ai découvert le vélo urbain à Paris. Et là un nouveau monde s’est ouvert à moi avec de nouvelles rencontres, un nouveau jargon et de nouveaux codes vestimentaires dont la gapette. En bonne graphiste, cet accessoire m’a immédiatement inspirée. D’ailleurs, j’ai rapidement travaillé sur le logo et les tee-shirts du groupe avec lequel je roulais. Au cours de cette période, j’ai eu un accident de vélo où je me suis cassé la clavicule. Résultat: deux mois d’immobilisation.

Au début, je culpabilisais dans mon canapé. Mais très vite, je me suis rendue compte que je préférais regarder la télé toute la journée plutôt que d’aller travailler. Face à ce constat, j’ai cogité et fait des listes de pour et de contre. Je cherchais à savoir si le problème c’était moi, l’entreprise où je travaillais ou le métier de graphiste. Finalement, j’ai tout quitté pour venir m’installer sur Lille et rapidement m’apercevoir que je ne voulais plus faire de web comme avant. En lisant les offres d’emplois, je n’arrivais même pas à me projeter sérieusement dans les entretiens.

Heureusement, grâce à Pôle emploi, j’ai pu bénéficier d’une sorte de bilan de compétences sous forme d’ateliers. À la fin du programme, l’animatrice m’a dit une chose qui a fait écho en moi : ” vous êtes une femme de projet “. Cette phrase m’a libérée d’un poids et j’ai enfin pu envisager de monter mon propre projet. Comme j’avais toujours les casquettes de cyclistes en tête, je me suis dit pourquoi je ne testerais pas cette idée complètement folle. Et me voilà cinq plus tard à vendre des gapettes.

Pourquoi des gapettes ? Pourquoi Vera Cycling ?

J’ai du mal à l’expliquer mais je pense que j’ai eu un vrai coup de cœur pour la gapette. J’adore le look bien particulier qu’elle donne. Souvent elle est colorée voire flashy, elle est différente du reste de la tenue du cycliste qui est assez uniforme. Grâce à cette casquette, on peut exprimer son humeur, se démarquer ou au contraire marquer son appartenance à une communauté. Parce qu’une personne qui porte une gapette fait forcément du vélo. Ce n’est pas comme les casquettes de baseball que tout le monde porte. Donc c’est aussi un accessoire qui permet de briser la glace et d’engager la conversation.

Il faut savoir que la marque a failli s’appeler “Salut Cocotte“. Mais quand j’en parlais autour de moi, personne ne semblait apprécier ce nom. En plus, c’était la période où le vintage et le rétro étaient à la mode et j’ai eu peur de vite me lasser. Et puis un jour, je suis tombée sur mon surnom sur l’application Strava, que les cyclistes utilisent beaucoup, “Vera Cruella“. Pour finir, je me suis dit que Vera Cycling sonnait plutôt bien.

Qu’est-ce que tu aimes dans le vélo urbain ? 

La liberté ! Surtout quand tu es à Paris et que tu roules le soir, la ville est à toi. Tu ressens un sentiment de puissance qui est décuplé lorsque tu roules à vive allure avec d’autres personnes. Il y une véritable énergie de groupe. Le simple fait d’en parler me donne des frissons ! Sans compter que tu crées plein de souvenirs avec des personnes que tu ne connais pas, qui n’ont pas le même âge ni la même vie. Et pourtant, tous les mercredis, tu as hâte de les revoir.

J’aime aussi la liberté de rouler seule car tu as un sentiment de fluidité, tu as l’impression d’être plus rapide que tout le monde. Je ne vais pas mentir, j’étais plutôt stressée dans les rues de Paris lors de mes premières sorties en vélo. Puis cette boule en ventre s’est transformée en vrai plaisir. Aujourd’hui, rouler à Paris me manque presque. Honnêtement, la découverte du vélo urbain a changé ma vie.

Comment se passe le processus de création ?

Toute la fabrication est locale et solidaire. Je pense et crée les designs des casquettes sur mon ordinateur chez moi. Puis je les envoie à un imprimeur textile à Tourcoing avant de déposer les tissus dans un ESAT à Arras. Et à la fin, je m’occupe de l’emballage et de l’envoi des colis aux client.e.s. En réalité, tous mes partenaires et fournisseurs sont à soixante kilomètres de mon domicile. Parfois, je prends même mon vélo pour aller les voir.

Comment tu te sens maintenant que ton projet a vu le jour ?

Je me sens vraiment tirée vers le haut. Notamment parce que mon projet n’existerait pas sans celui des client.e.s. Je fais beaucoup de customisation pour des ateliers ou des événements car cela marche vraiment. Plus le temps passe et plus les gens qui me découvrent commandent des casquettes pour les utiliser pour leur projet autour du vélo. De cette manière, la gapette a de la valeur, elle n’est pas seulement un goodies.

D’ailleurs depuis le mois de janvier, j’anime ” Dynamo “, un podcast où j’échange avec des client.e.s sur leurs projets autour du vélo. J’adore pouvoir mettre en lumière les nouvelles idées incroyables de ce milieu.

Le fait d’avoir une communauté qui me suit dans cette idée folle me porte également au quotidien. Quand les client.e.s reviennent sur le site, je réalise que mon travail plaît vraiment. Depuis cinq ans Vera cycling grandit doucement et je me sens sereine.

Quel était le regard des autres par rapport à ton projet ?

J’avoue ne pas y avoir fait attention. Comme j’ai beaucoup voyagé, mes parents ont l’habitude de me voir commencer un nouveau projet. Ils savent que j’arrive toujours à m’en sortir, à avancer. Par contre, mon père ne comprend toujours pas cet engouement autour de la gapette. Mais rien d’étonnant puisque lorsqu’on est pas dans le milieu du vélo, c’est difficile d’en saisir tous les codes.

Sinon mes ami.e.s m’ont soutenue. Personne ne m’a dit que mon idée était nulle. Après je ne leur ai pas demandé non plus car j’avais cette intuition que mon projet allait marcher.

Est ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ? 

Mes plantes ! Plus sérieusement, je n’ai pas de modèles en particulier. Comme je suis de nature très curieuse, je m’imprègne de tout. Une conversation, un objet, la ville de Roubaix avec ses briques et ses friches. Je regarde aussi ce qui se fait dans l’univers du vélo urbain en termes de design et de style. Sinon, mes client.e.s, leurs projets et les entrepreneur.e.s du milieu sont de vraies sources d’inspiration. Bon et puis il ne faut pas oublier Pinterest, la Bible de l’inspiration !

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pro ? Des projets persos ?

Oui ! Déjà, je vais continuer le podcast. Ensuite avec un ami, on vient de lancer “Roulez Roubaix ” pour mettre en avant le vélo dans la ville. En fait, j’ai plein de petits projets en parallèle qui me permettent de grandir et d’apprendre de nouvelles choses.

Après, mon rêve serait d’avoir un local à Roubaix où les personnes pourraient rentrer avec leur vélo, boire un petit café, discuter et récupérer leurs commandes.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Je pense que je me poserais la question : ” est-ce que tu t’amuses toujours autant ? “. Pour ne pas oublier de garder une certaine liberté. Je ne veux pas m’enfermer dans quelque chose.

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