Aurélie Bachelet, fondatrice de Gingerly

ayurvéda et yoga

De l’achat textile à la création de programmes d’équilibre de vie destinés aux entreprises, le pas est grand. Mais la découverte du yoga et l’ayurvéda furent pour Aurélie une évidence, celle de partager et de transmettre leurs bienfaits. Car Gingerly, c’est toute une démarche holistique pour aider chacun et chacune à la recherche d’équilibre.

Quel a été ton point de départ ? Ton déclic ?

Une rencontre et un cours de yoga à New Delhi, en Inde.  À l’époque j’étais responsable de collection textile et je voyageais beaucoup. En déplacement professionnel, je décide de suivre un de mes fournisseurs pour une séance de yoga. Cela dure une heure et demie et je suis alors complètement détendue. Avec pas mal d’enjeux professionnels, le voyage était stressant. J’ai alors tout de suite pensé à mes collègues, aussi stressés ; nous avions besoin de ces bienfaits en entreprise. En rentrant, je partage mon idée et mets en place avec une professeure certifiée des séances de yoga tous les jeudis midi. Il y avait vraiment un avant, et un après la séance. Au-delà du bien-être corporel, on pouvait noter une certaine prise de recul, un détachement et un discernement par rapport aux problèmes rencontrés au travail.

Je me suis mise à suivre des ateliers le week-end, en plus de ma pratique personnelle. Et là, j’ai vraiment eu l’envie de me lancer dans une formation, sur du long terme, pour être professeure de yoga. J’ai donc suivi quatre années d’enseignement à Paris, à l’IFY avec l’apprentissage des postures bien sûr, mais surtout les textes. Le yoga c’est l’orientation du mental, une véritable philosophie de vie. Huit branches le constituent, avec entre autres la façon dont nous sommes avec nous-mêmes, avec les autres… On en parle peu, on voit de belles postures sur Instagram, mais on peut faire du yoga sans être souple. L’intérêt du yoga n’est pas du tout là et va bien au-delà du sport.

Comment l’ayurvéda est-il apparu dans ton parcours ?

J’ai commencé par faire une cure ayurvédique, en Inde également. J’avais lu dans un magazine les bienfaits et après mon deuxième enfant j’ai ressenti le besoin d’expérimenter ce voyage. Je suis partie seule pendant deux semaines, et cette période a été un élément déclencheur. Tout s’est mis en place dans ma tête et j’ai pu rassembler les parties du puzzle dont je disposais. Savoir ce que l’on veut faire, voir ce qui est possible de réaliser prend du temps, et j’aime d’abord expérimenter les choses sur moi avant de le proposer aux autres.

L’ayurvéda, comme le yoga, j’avais besoin de le vivre, de le tester. Lorsque je suis rentrée, les gens m’ont trouvé transformée, rayonnante. Au point de croire que j’avais peut-être fait de la chirurgie ! Au début de la cure, un médecin détermine ton profil, avec tes principes d’équilibres : la prakriti, ainsi que tes déséquilibres du moment: la vikriti. Selon ton profil et pour te rééquilibrer il va te proposer différents soins, massages et traitements qu’un ou plusieurs thérapeutes réalisent tous les jours de la cure. Le but étant de se détoxifier pour une meilleure santé. L’alimentation est également adaptée, et des cours de yoga et de méditation sont disponibles.

Qu’est-il ressorti de cette expérience ?

Vivre cela a été une superbe et impressionnante expérience. En rentrant, avec le souvenir fou de ce voyage, j’ai voulu me former à l’ayurvéda. C’était évident. J’aime beaucoup l’approche complète, très holistique de la personne, par l’alimentation, la phytothérapie, l’hygiène de vie, la posture, la respiration. Tout est adapté selon ton profil, et c’est très intéressant.

C’est ainsi qu’en 2018 est née Gingerly. Un accompagnement autour du bien-être intérieur pour les entreprises, en écho à toutes les problématiques que j’avais pu vivre en tant que salariée. On passe tellement de temps en entreprise, que c’est là qu’on peut aussi avoir de l’impact. J’aborde par exemple l’énergie au travail ou la gestion du stress à travers des programmes. Ceux-ci sont basés sur trois piliers : la posture, l’alimentation et l’hygiène de vie. On peut suivre les programmes à travers plusieurs modules, sur plusieurs mois pour véritablement ancrer les habitudes.

Que signifie Gingerly ?

Il y a trois significations derrière Gingerly. “Ginger” en référence au gingembre, plante iconique de l’ayurvéda, fortement utilisée avec de nombreuses propriétés. “Ginger” également, pour la rousseur et donc par rapport à moi. Puis “gingerly” qui signifie également “avec précaution”, l’approche que je souhaite transmettre, qui est vraiment de prendre soin.

Aujourd’hui Gingerly c’est également une gamme d’infusions ?

Oui, car je savais que j’allais faire du produit. Ayant fait du produit pendant quinze ans forcément, cela revient au galop. Cela ne me demande pas plus d’énergie car je maîtrise tandis que faire des accompagnements, devant plusieurs personnes, cela était nouveau et j’étais moins à l’aise au départ. Concevoir des produits était évident et ma première recette s’est faite en une fois, de manière intuitive. Si je commence à mentaliser, je perds en créativité. Comme j’aime accompagner les sens, j’avais créé une infusion pour une entreprise parisienne. Elle a beaucoup plu, mais lorsque les collaborateurs sont arrivés sur mon site d’entreprise et bien ils n’ont pas vu d’infusions ! J’ai commencé à en vendre autour de moi ainsi, par mail, pas de certification bio au début, ancien packaging, ancienne charte graphique et je m’occupais moi-même du remplissage des sachets.

Aujourd’hui, un ESAT s’en occupe et cela aussi, c’est important. Lorsque j’étais étudiante, j’avais fait un projet avec un ESAT et j’avais trouvé cela génial de pouvoir favoriser l’emploi de personnes pour qui c’est plus compliqué. Je sentais déjà que plus tard, quelque chose serait possible. Quand la question du conditionnement des infusions s’est posée, il était évident que j’allais travailler avec une telle structure.

Et puis je ne voulais pas être qu’une marque d’infusions car ce que je fais va au-delà avec l’ayurvéda. J’ai alors réfléchi à un concept pour encore une fois, avoir cette idée d’accompagnement autour du produit. Lorsque tu laisses infuser les plantes, tu attends en général cinq minutes. Sur nos packagings, tu peux alors flasher un QR code qui va te proposer une méditation de façon aléatoire, une respiration guidée ou un mantra positif. Une expérience qui te correspond car proposée selon le type d’infusion que tu as choisi et qui dépend de ton profil ayurvédique. Comme dans mes accompagnements, j’aime le côté holistique, avec les infusions c’est pareil. Cela me tient à cœur de transmettre des choses, et d’apporter une vraie valeur ajoutée.

Quel est le regard des autres par rapport à ce changement d’orientation ?

Cela est bien perçu et mon mari me soutient à fond. D’ailleurs ce changement n’est pas si surprenant. Dans le cadre de mes études, je suis partie un an à Bangkok et en plus des cours de commerce traditionnels, je suivais des cours sur l’histoire de la Thaïlande, le bouddhisme et la méditation. Guidée par un moine bouddhiste, j’ai même fait une retraite. Pour le coup, il y a vingt ans, les gens ne comprenaient pas vraiment. On ne parlait pas du tout de méditation en Occident, le bouddhisme encore moins, donc cela détonnait un peu.

Mais le cours de yoga à New Delhi lors de mon voyage professionnel, m’a reconnecté à cela, vingt ans après. Au début de mon parcours professionnel, j’étais passionnée par l’univers de la mode et du textile. Ma mère tenait une boutique rue de la Monnaie à Lille, je baignais donc dans cet univers qui m’attirait. J’étais d’ailleurs très épanouie. Je ne suis pas capable de faire quelque chose que je n’aime pas. Je me donnais à 300% dans ce que je faisais jusqu’au jour où cela n’a plus eu de sens tout simplement.

Autre signe, j’ai fait de la danse pendant vingt ans plus jeune, et ma professeure nous faisait des exercices de yoga et de la relaxation à la fin. Cette expression corporelle était déjà ancrée en moi. Ce cours de yoga à New Delhi a été un véritable flashback, qui m’a fait prendre conscience que mon vrai moi était vraiment là.

Est-ce que tu as le sentiment de t’être trompée ?

Je n’ai aucun regret, car lorsque je fais un choix je le fais en conscience. J’écoute mon corps, j’écoute mon coeur, j’écoute ma tête. Je le ressens avant même d’y réfléchir. L’intuition fait partie de mes choix, de toutes mes décisions, même les plus cartésiennes possibles lors de mes quinzes d’années d’entreprises. L’intuition est essentielle, l’intuition avec les personnes, l’intuition avec les produits, c’est toujours ce qui m’a guidé dans mes choix. Je n’ai donc pas de regret car j’ai toujours suivi ce que je voulais faire. Après bien sûr, il y a des moments plus difficiles que d’autres, où la réalité n’est pas ce que tu pensais.

Est-ce que tu as des modèles ? Des sources d’inspiration ?

J’aime beaucoup la fondatrice du magazine “Féminin Bio”, Anne Ghesquière. Je suis son parcours depuis de nombreuses années et avant même ma découverte de l’ayurvéda, j’avais acheté son livre sur l’alimentation. J’avais ainsi mis des choses en place. De plus, elle voyage beaucoup, elle a monté ce magazine, elle est très engagée et aujourd’hui elle a créé un podcast. C’est une personne très intéressante, surtout que dans le bien-être il y a un peu de tout mais elle, elle reste très authentique. Je la sens sincère et son discours me touche beaucoup.

Quant à l’inspiration, j’adore être dans un endroit où je suis perdue, que je ne connais pas. Regarder ce qui m’entoure me donne des idées, parfois pour plusieurs années après mais cela me nourrit.

Et la suite c’est quoi ? Est-ce que tu as des projets pros ? Des projets persos ?

Côté professionnel, c’est de poursuivre Gingerly. Continuer la lancée de nos rituels ayurvédiques avec les infusions et par la suite d’autres produits. De faire connaître la marque également, de la partager, de la faire éclore, tout en continuant mon accompagnement avec les entreprises. Dans ce sens j’ai démarré une formation de Programmation Neuro Linguistique pour y ajouter cet outil et renforcer cet accompagnement. Et je vais également faire une année supplémentaire d’ayurvéda, lié à la physiopathologie.

Ensuite, j’aimerais pouvoir retourner en Inde, pour des projets qui me tiennent à cœur. L’Inde c’est des couleurs, des saveurs, une culture riche, la pauvreté aussi… Dès que je vois quelque chose à propos de l’Inde, je ressens des émotions très fortes. Et quand je pense à ces valeurs de transparence, d’authenticité, nos infusions sont bios par exemple et bien j’aimerais aller jusqu’au commerce équitable. Retourner là-bas, développer des produits en lien avec ces valeurs, faire travailler des artisans. D’ailleurs ma vision serait vraiment de monter un fondation Gingerly en Inde. On ne le fait pas encore mais c’est inscrit dans mon business plan. Verser un pourcentage à une association de femmes, l’ayurvéda vient de l’Inde et dans cette idée d’échange j’ai envie de redonner quelque chose. Maintenant il faut trouver la bonne association et la bonne façon de faire.

Si tu jetais une bouteille à la mer, quel message te laisserais-tu pour ton toi futur ou pour les prochaines générations ?

Par rapport à la société et l’évolution de celle-ci, je dirais d’être à l’écoute de soi. Beaucoup de personnes ne sont pas connectées à leur corps et prennent les décisions qu’avec leur tête. Mais nous avons toutes les réponses à l’intérieur de nous-même, il faut se respecter car chacun a sa vérité, son authenticité. Par rapport à nos enjeux écologiques, les changements passent par l’individu qui change. Tu ne peux pas changer les autres si toi tu ne changes pas. Je pense qu’il y a un travail personnel à faire, d’écoute et de reconnexion à ses sens et à ses ressentis pour pouvoir prendre des décisions plus en conscience.

Photo © Mélanie Jen

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