Mansplaining : comment dire stop ?

mansplaining : dire stop

” Non mais attends je vais t’expliquer…”. Cette phrase les femmes l’entendent régulièrement de la bouche des hommes. Non problématique dans le cadre d’un cours, elle devient gênante voire malvenue quand elle s’adresse à une femme qui sait de quoi elle parle. Plus qu’une histoire d’attitude, le mansplaining en dit long sur le regard de notre société sur la parole des femmes et leurs savoirs. Mais comment le reconnaître et surtout comment y mettre fin ?

Le mansplaining, kézako ?

Cette expression en apparence barbare vient de la contraction du mot “man” et “explaining“, homme et explication en anglais. Elle désigne une situation dans laquelle un homme explique à une femme une chose qu’elle connaît mieux ou qu’elle est plus à même de comprendre. C’est-à-dire que ce dernier pense en savoir plus que son interlocutrice et qu’il est de son devoir de l’éclairer sur le sujet. Avec bien évidemment une attitude paternaliste et un ton condescendant pour enrober le tout. Le compte Instagram Paye ton mansplaining donne un bel aperçu du phénomène. Entre un mec sans enfants qui explique à une mère comment se passe un accouchement ou un sportif du dimanche qui fait une démonstration de squats à une coach sportive.

Le mansplaining, ou le pénisplication pour les adeptes de la langue française, est un concept féministe apparu outre-Atlantique en 2008. Effectivement, c’est l’autrice Rebecca Solnit qui l’utilise la première fois après s’être fait expliquer son propre livre par un homme à une soirée mondaine…Si cette exemple peut faire rire, cette attitude n’en reste pas moins problématique. Parce qu’elle démontre que le savoir féminin n’est pas reconnu ou qu’il est jugé moins légitime que celui des hommes. Mais c’est surtout une façon pour la gente masculine de dire aux femmes ce qu’elles doivent faire, penser ou ressentir.

Le ” mâle ” du siècle

Généralement ce concept est associé à celui du “manspreading” et du “maninterrupting“. Le premier se caractérisant par la posture adoptée par les hommes dans les transports en commun, jambes écartés au maximum. Et le second par le fait qu’un homme coupe la parole à une femme lors d’un débat, d’une réunion ou d’une discussion. Certes ces expressions ne signifient pas la même chose, néanmoins elles en disent long sur notre société actuelle. Celle où l’homme prend toute la place et où l’on pense que son opinion prévaut.

Malheureusement (ou heureusement ?), la plupart des hommes ne se rendent pas compte de mansplainer les femmes. Rien d’étonnant puisque dès l’enfance on leur apprend à se montrer fort, à demander ce qu’ils veulent obtenir et à s’imposer. Tandis qu’on encourage les petites filles à être discrètes et à faire preuve d’écoute. Alors que l’idéal serait d’enseigner un savant mélange des deux à nos enfants.

Sans oublier que la vie quotidienne et les médias confortent les hommes dans le fait qu’ils ont raison ou que leur place est plus importante. Ils sont surreprésentés au cinéma, dans les journaux, à la radio ou encore à la télévision. En 2019, sur les 115 films français sortis au cinéma, 62% des personnages principaux étaient des hommes. Pire selon une étude de l’INA, entre 2001 et 2018, les femmes ont parlé deux fois moins que la gente masculine à la télévision et à la radio. Loin d’être anodins, ces chiffres entretiennent la logique selon laquelle le “mâle” est le plus légitime à s’exprimer ou qu’il est généralement l’expert absolu.

La violence du sexisme bienveillant

Le mansplaining n’est pas seulement pénible au quotidien, il est violent. Tout comme le sexisme bienveillant qui, sous son apparence “galanterie“, reste une forme de discrimination. En effet, sous couvert du ” je t’explique, c’est pour ton bien “, on décrédibilise sans cesse la parole des femmes et leurs savoirs. On nie leurs ressenti et on ne les écoute pas. Cela se voit par exemple avec le #NotAllMen souvent utilisé sous les posts de dénonciation de violence sexuelle. Ici, le problème n’est pas de savoir si oui ou non, les internautes sont des hommes bien mais de parler de ce que vivent les femmes. Or avec ce #, on confisque la parole et on détourne le sujet de la conversation.

Par ailleurs, cette attitude est contre-productif dans le monde du travail. Le danger du mansplaining est de ne pas reconnaître les compétences des femmes à leur juste valeur. De ne pas entendre leur point de vue et d’avoir une pensée unique dans l’entreprise. Et c’est un cercle vicieux puisque cela entretient l’idée selon laquelle il y a moins de femmes expertes, compétentes ou scientifiques. Sans oublier le fameux syndrome de l’imposteur très ancré chez la gente féminine.

Lutter contre le mansplaining

Mais alors comment inverser cette tendance ? Comment réagir au mansplaining ? Tout d’abord en ne se laissant pas faire. Faites la remarque à votre interlocuteur. Dites lui que vous n’avez pas fini de parler, que vous connaissez votre sujet ou que vous n’avez pas sollicité son avis. Ici, il ne s’agit pas d’être méchante ou rabat-joie. Seulement d’exercer votre droit à l’expression. D’ailleurs, une personne intelligente ou qui s’est laissé emporter par la discussion, finira par vous écouter. Ensuite prenez une grande inspiration, votre plus belle voix et exprimez-vous. La petite astuce : glissez des termes techniques ou des références dans vos propos. Votre interlocuteur continue son laïus ? Ignorez-le, ne répondez plus et/ou partez. La vie est trop courte pour dépenser de l’énergie inutilement.

En outre au travail, ou même dans la vie privée, faites connaître la maternité de vos travaux. N’hésitez pas à mettre en avant vos compétences ou votre expérience. Montrer son savoir-faire n’est pas une question de vantardise mais plutôt de légitimité. Ainsi, si vous avez monté un projet de A à Z, obtenu un doctorat, acquis dix d’expérience ou eu quatre enfants, dites-le haut et fort !

Si vous êtes témoin d’une scène mansplaining, pensez sororité. Écoutez la personne en question, soutenez-la et aidez-la à reprendre la parole.

Photo © Anthony Shkraba

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