Fausse couche : faire le deuil d’un être qui n’existera pas

fausse couche

Vécue par de nombreuses femmes, la fausse couche est de moins en moins tabou. Cependant le bouleversement psychologique qui survient après cet évènement est encore très souvent minimisé. Parce qu’il est commun et/ou parce qu’il n’empêche pas une future grossesse. Pourtant pour celles qui attendaient cet enfant, il s’agit bien d’un deuil.

Un arrêt spontané de la grossesse

La fausse couche se caractérise par la fin naturelle d’une grossesse. Avant la fin du premier trimestre on parle d’arrêt spontané précoce, autour de la onzième semaine d’aménorrhée ( neuf semaines), de fausse couche tardive et à partir du troisième mois, de mort foetale in utero. Dans 80 à 90% des cas, elle a lieu au tout début de la grossesse. Par ailleurs, la plupart du temps celle-ci est provoquée par des anomalies chromosomiques. C’est-à-dire que le corps évacue l’embryon car il n’est pas viable. Mais la fausse couche peut être également en lien avec un décollement de placenta ou un problème de santé de la mère.

En fonction des cas, cet arrêt spontané de la grossesse se conclut par une expulsion naturelle de l’embryon. Mais il arrive parfois qu’une intervention médicale soit nécessaire, une prise de médicaments ou un curetage, notamment lorsque l’interruption a lieu après la onzième semaine d’aménorrhée. Généralement lorsque le corps a récupéré, une nouvelle grossesse peut commencer. Du moins sur le plan physique. Parce que bien souvent le mental a besoin de plus temps pour comprendre ce qui vient de se passer.

Banalisation des ressentis

Malheureusement lorsqu’il s’agit de fausse couche, le corps médical et l’entourage se concentre sur l’aspect physique au détriment du psychologique. Parce que cet événement touche une femme sur quatre, il n’a rien d’exceptionnel pour les médecins. Surtout s’il ne menace pas la vie de la femme ou qu’il n’empêche pas une future grossesse. Aucun suivi psychologique n’est proposé (sauf peut-être dans le cas d’une mort foetale in utero). Après l’annonce de l’arrêt de la grossesse et/ou l’hospitalisation, on donne la carte vitale, on paye et on rentre chez soi. C’est fini. D’ailleurs certains médecins, sans doute pour rassurer, n’hésitent pas à dire que les essais bébés peuvent recommencer deux semaines plus tard. Sauf que si le corps va bien, ce n’est pas forcément le cas pour la tête.

Quand le test de grossesse est positif, et que l’envie d’être mère est présente, on se projette. Même si pour l’instant, il ne s’agit que d’un embryon, on imagine des scénarios et on se sent investie par cette grossesse. Alors quand la fausse couche survient, on vit une perte, un deuil. On ressent une sensation de vide mais aussi de la colère, de la tristesse ou de la culpabilité. Sans oublier ce sentiment de désemparement car on ne peut rien y faire.

En outre, la réaction des proches n’aide pas forcément à vivre ce deuil. Notamment parce qu’en pensant vous aider, ils minimisent l’événement ou ils le nient. Et cela se voit particulièrement avec la règle implicite des trois mois. Parce que le risque de fausse couche est important pendant cette période, il ne vaut mieux pas en parler. Or si personne n’est au courant, on se retrouve seule face à sa tristesse. Pire cela peut donner l’impression qu’il ne s’est rien passé. Alors que si, une grossesse était en cours. D’ailleurs dans certains cas, la chute brutale des hormones provoque les mêmes symptômes qu’un baby-blues ou qu’une dépression post-partum.

Vivre son deuil et aller mieux

Alors comment réagir à la fausse couche et avancer ? Tout d’abord en parlant avec son ou sa partenaire. Il est important de partager ses ressentis et de ne pas vivre cet événement chacun.e de son côté. Mais aussi en discuter avec ses proches le plus honnêtement possible sans minimiser ses sentiments. Parce qu’il y a eu un enfant en devenir, vous vivez un deuil. Vous avez besoin d’être soutenue, écoutée et de mettre des mots sur votre tristesse pour pouvoir avancer.

Lire des témoignages d’autres femmes peut aussi être d’une grande aide. Même si chaque histoire est différente, cela permet de se sentir moins seule. D’être pleinement comprise et de comprendre les différents sentiments qui accompagnent la fausse couche. Notamment la culpabilité et la colère qui sont des émotions parfois difficilement concevables. Vous pouvez également intégrer un groupe de parole ou une association pour parler plus longuement de votre vécu et aider d’autres femmes.

Ensuite si le deuil est trop difficile à vivre, il ne faut pas hésiter à consulter un.e psychologue. Même si vous avez besoin que d’une seule séance. En parler avec un.e professionnel.le ne peut que vous faire du bien. Pour faire face au stress ou à la colère, n’hésitez pas non plus à aller voir un.e sophrologue ou faire une séance d’acupuncture. L’idée est de s’accorder du temps et de prendre soin de soi.

Quand mettre un nouveau bébé en route ? Tout simplement lorsque vous vous sentirez prête. Ce n’est pas parce que votre corps est en pleine santé et que votre cycle menstruel a repris, que vous devez relancer les essais. Il n’y a pas de normes à respecter ou de temps. Si ce n’est celui dont vous avez besoin.

Photo © JJ Jordan

  1. Première fois que je commente et pour cause …

    Tout d’abord bravo les filles de parler de ce sujet car malgré tout, on n’en parle pas assez aux mamans lorsque l’on commence à souhaiter/désirer un bébé.

    La fausse couche, je ne savais même pas que cela existait avant de la vivre.

    Lorsque l’on vis ce deuil, c’est comme ci une grande porte s’ouvrait, on découvre que beaucoup de femmes sont passée par cette épreuve, l’impression de nous avoir “caché” cette période négative de leur vie.

    Le sujet est encore trop tabou malheureusement.

    Mais je pense sincèrement que psychologiquement aucune maman ne sera capable de vous regarder droit dans les yeux et de de vous dire qu’elle a fait son deuil et qu’elle ne ressens plus rien pour ce bébé qu’elle a imaginé (fille ou garçon, 1mois ou 6mois etc…)

    C’est une terrible épreuve qui ne devrait pas être pris à la légère surtout dans le milieu médical, le personnel devrait prendre beaucoup plus de pincette et être plus compréhensifs dans cette situation ! Car chacun des mots qu’ils prononceront seront gravés à jamais dans le coeur du papa et de la maman 💔

    Et qu’aucun mot ne pourra guérir leurs maux …

    1. Bonjour Harmonie,

      Merci beaucoup pour ton commentaire très touchant. En effet le sujet est encore tabou d’un point de vue psychologique alors que nous sommes nombreuses à avoir traversé cette douloureuse expérience. Ce qui est sûr c’est qu’en parler ne fera qu’avancer les choses. Nous t’envoyons plein de bonnes ondes.

      Belle journée

      L’équipe Sealune

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